Du bout du lac

Hulot, Roselli, Ruetschi: séquence intégrité

OPINION. Finie, la torpeur estivale! Notre chroniqueur ne manque pas de sujets de réflexion pour sa rentrée

Les sujets ne manquaient pas, en cette rentrée politico-médiatique, collection 2018/2019. En Suisse: l’UDC romande en liquéfaction, façon glacier d’Aletsch dans la torpeur du mois d’août; la crise au PDC, existentielle et forcément polie; la ronde des socialistes, à couteaux tirés pour les commandes du syndicat. Ou alors à l’étranger: Matteo et Viktor, la romance magyare, bons baisers de Milan; Macron contre les Gaulois, pardon, mon tweet a fourché; et puis encore le nihilisme de l’Agent Orange, toujours sis 1600 Pennsylvania Avenue, DC.

J’en étais donc à aiguiser tranquillement mes sarcasmes, à l’abri de mon bureau d’angle, déterminé à brocarder sans trop prendre de risques, quand France Inter bouscula mon confortable projet, mardi matin. En direct, la démission de Nicolas Hulot. «Je ne veux plus me mentir.» Les larmes qui montent, les lèvres qui tremblent, l’œil grave. «Et donc je prends la décision de quitter le gouvernement.» Pan! Dans mon quotidien frénétique surgit l’intégrité, sans frapper. Devant nos yeux, un ministre disait simplement pardon, terminé, je ne fais plus semblant. Je ne serai pas une caution, débrouillez-vous sans moi.

Suspendre le temps…

Au cynisme d’une époque qui se pensait paresseusement revenue de toutes les belles idées, un homme disait: je ne me trahirai plus, ne vous trahissez pas, il n’y a rien de pire que de se trahir. Un moment de grâce, déclareront les journalistes présents. Oui, un moment de grâce, identifiable à son intensité, à sa rareté, à sa portée. A sa faculté de suspendre le temps, aussi.

A peine avait-il repris sa marche que Sophie Roselli le figea à nouveau, dans sa lettre de démission à la Tribune de Genève. Mutatis mutandis (que Michel Danthe, ancien rédacteur en chef de pas mal de choses, soit ici remercié d’avoir étoffé ma pédanterie de cette locution latine), l’enquêtrice en cheffe du quotidien disait la même chose: «Je ne souhaite plus travailler pour un groupe dont je ne partage plus les valeurs.»

Usée par les restructurations à répétition, en rupture avec la stratégie de son éditeur zurichois, la journaliste prenait elle aussi son monde à contre-pied en décidant de ne plus se trahir. Intensité, rareté, portée: nouvelle séquence intégrité. Séquence complétée par l’éviction de son futur ex-rédacteur en chef, Pierre Ruetschi, démissionnaire ou démissionné pour être resté fidèle à sa ligne. Autrement dit, remercié pour sa droiture.

Hulot, Roselli, Ruetschi: triple séquence intégrité dans la même semaine. Comme un rappel à l’ordre dans le grand n’importe quoi. Alors j’ai rangé mes sarcasmes, pour une fois. Le temps de réfléchir.


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