Le 7 juin prochain, le peuple suisse sera appelé à se prononcer sur l'initiative populaire fédérale «Pour la protection de la vie et de l'environnement contre les manipulations génétiques». Si elle est louable sur le fond – qui oserait nier que la science qui touche aux structures les plus profondes de notre être biologique doit s'inscrire dans un cadre légal des plus solide? –, elle est en revanche fortement critiquable sur la forme et ne doit pas être acceptée comme telle.

On peut certes adhérer à l'idée de ne pas disséminer d'organismes génétiquement modifiés dans l'environnement – la crise de la vache folle nous a montré que le non-respect des lois de la nature peut avoir des conséquences extrêmement sérieuses. On peut également comprendre la difficulté qu'il y a de répondre à la question morale et éthique posée par l'octroi de brevets sur le vivant. Je ne peux pas, en revanche, souscrire aux exigences des initiants qui visent à «limiter la production, l'acquisition et la remise d'animaux génétiquement modifiés», ou à établir «la preuve de l'utilité, de la sécurité et de l'absence d'alternative».

Le génie génétique est porteur d'immenses espoirs dans les domaines de l'agroalimentaire, de la médecine, et de la pharmacologie, et j'ai peine à concevoir que l'on veuille brider un outil aussi prometteur. On peut certes imaginer que l'interdiction imposée à la production d'animaux génétiquement modifiés ne sera pas applicable aux bactéries en raison de leur condition d'unicellulaires, mais c'est oublier que le dictionnaire les définit comme faisant traditionnellement partie du règne animal. Comment seront-elles donc considérées dans le cadre de l'initiative? Notons à ce propos la confusion possible entre les termes «animaux» et «organismes» qui ne sont – fort à propos? – pas définis par les initiants.

La recherche médicale consacre une partie non négligeable de ses efforts aux thérapies géniques et je vois mal comment elle pourrait faire des progrès dans le cadre d'une législation trop rigide. N'oublions pas, par exemple, le secteur des greffes animales (foie, pancréas) qui doit faire appel à ces techniques de pointe pour contourner les barrières immunitaires. Quant à «la preuve de l'utilité» et de «l'absence d'alternative», elle relève de la pure utopie. Disons simplement que la recherche avance à tâtons, explorant des territoires dont elle ne saurait dire aujourd'hui s'ils seront les eldorados de demain. Il me paraît alors bien difficile dans ces conditions de lui demander de se justifier avant d'avoir pu faire quelques pas en terra incognita.

L'initiative, si elle se prononce clairement en faveur d'une interdiction pure et simple des animaux génétiquement modifiés, prend par contre bien soin d'éviter de légiférer sur l'importation de produits dont ils seraient à l'origine. Hypocrisie? La croix fédérale reste immaculée; le diable établit ses quartiers hors Helvétie – la morale est sauve – mais y fait commerce de ses charmes.

Se protéger des apprentis sorciers et autres inconscients ne signifie cependant pas nécessairement légiférer à outrance, et encore moins interdire. Cela devrait avant tout signifier comprendre et éduquer, et je ne vois malheureusement pas trace d'un tel objectif dans l'initiative.

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