«Je suis jeune, riche et cultivé; et je suis malheureux, névrosé et seul.» La première phrase du roman autobiographique (on n'utilisait alors pas encore le terme «autofiction») Mars de Fritz Zorn devait, à sa sortie en 1977, faire l'effet d'une bombe dans la bonne société zurichoise. Fils d'une excellente famille de la rive droite, la rive dorée du lac de Zurich, Fritz Angst («peur», en allemand), qui a troqué son patronyme contre celui de Zorn («colère») pour signer son unique roman, y règle en effet ses comptes avec le monde protestant étouffant et sclérosé dans lequel il a été éduqué et condamné à mort, selon lui. Atteint très jeune d'un cancer, il décède en 1976 et laisse à son éditeur le soin posthume de publier ce pavé dans la mare qui, malgré son humeur sourde et étouffante, résonne comme une bouffée d'air frais dans la Suisse par trop compassée d'alors. Lorsqu'en 1992 le comédien romand Jean-Quentin Châtelain signe et interprète l'adaptation théâtrale de Mars, le succès public et critique est immense.

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