En 2003, l'enjeu de l'élection au Conseil fédéral n'était pas d'en chasser Ruth Metzler. Il s'agissait d'abord d'accorder à une UDC qui avait longuement patienté la place à laquelle elle pouvait prétendre en fonction de l'importance prise dans l'électorat et sur les bancs du parlement. S'exprimait ensuite, dans une partie de la classe politique, qui relayait ainsi les souhaits des milieux économiques, l'espoir de dynamiser, grâce au tribun zurichois et capitaine d'industrie Blocher, le fonctionnement du Conseil fédéral. Il fallait enfin un héraut à la vague néolibérale qui gonflait et le Zurichois paraissait à cet égard l'homme tout désigné pour l'incarner au gouvernement. On ne pouvait porter Christoph Blocher au Conseil fédéral sans en exclure Ruth Metzler, mais son départ n'était que la conséquence du choix précédent.

Aujourd'hui, il s'agit d'abord de chasser Blocher et c'est très différent. La motivation de ceux qui jugent primordial d'exclure le ministre de la Justice du Conseil fédéral repose sur des considérations d'ordre éthique. La conviction que Blocher n'a pas sa place au Conseil fédéral n'est partagée que par une majorité des Verts, une minorité des socialistes, une poignée de démocrates-chrétiens et de radicaux. Si Christoph Blocher, beaucoup plus conservateur que libéral, a déçu tout le monde, ses péchés ne sont pas suffisamment graves, considère une majorité, pour justifier une excommunication et une crise de régime. Le ministre de la Justice, qui sait très bien jusqu'où il peut aller, pratique certes la transgression, la provocation et le mensonge avec constance, mais sans jamais traverser la ligne rouge de façon irrémédiable.

Les idéalistes n'ont donc eu d'autre recours que de faire appel à l'opportunisme - sans connotation péjorative - de ceux qui auraient tout à gagner, à première vue, à la réussite de l'opération. Mais l'idéalisme et l'opportunisme font rarement bon ménage et ne fournissent pas un alliage solide. Au moins faudrait-il, pour espérer forcer la main de l'entier du groupe démocrate-chrétien qui en détient la clé, mener cette affaire à la hussarde, avec panache et en prenant des risques. Autrement dit, en faisant un «coup» à la Peter Bodenmann de la grande époque. Ce que l'on voit se dessiner ressemble plutôt au bricolage de comploteurs stagiaires pusillanimes fondé sur des calculs d'apothicaire.

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