Mais qu'est-ce qui fait courir les jeunes du monde entier à Rome? Où puisent-ils l'énergie d'attendre l'arrivée du pape sous une chaleur et un soleil accablants? Comment peuvent-ils patienter pendant des heures dans le seul but de franchir la Porte sainte de la Basilique Saint-Pierre? Le succès impressionnant des XVes Journées mondiales de la jeunesse apparaît à première vue comme une énigme qu'un sphinx retors réserverait à un néophyte. La pratique religieuse est stagnante, le pape très conservateur, la foi se vit sur un mode individuel et la sécularisation de la société est acquise. Pourtant, ils étaient 700 000 à l'ouverture des JMJ, et on attend entre 1,5 et 2 millions de pèlerins pour la clôture de la manifestation dimanche. Que se passe-t-il?

La participation massive aux JMJ ne signale en tout cas pas un regain de la pratique. Les sociologues ont constaté depuis belle lurette que ce type de manifestations n'était pas suivi d'une hausse de la pratique dominicale. Celle-ci n'a cessé de baisser depuis les années 1960, pour concerner aujourd'hui environ 5 à 10% de la population dans les pays occidentaux. En revanche, les JMJ apparaissent comme le signe tangible d'une diversification des modes d'adhésion religieuse. Les croyants d'aujourd'hui ne vont plus à la messe le dimanche, mais privilégient des temps forts spirituels, comme le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle ou la retraite dans un monastère isolé.

La personnalité du pape n'est pas étrangère à la réussite des JMJ, mais elle ne l'explique pas entièrement. Vieux et malade, Jean Paul II conserve un charisme indéniable, qui plaît aux jeunes. Il est souvent pour eux un point de repère solide, un phare dans un monde dominé par le relativisme. Force est de constater que ses affirmations conservatrices sur les questions morales séduisent plus d'un participant à ces JMJ. Mais ils sont nombreux aussi à dire qu'ils n'adhèrent pas à la doctrine morale de l'Eglise, tout en respectant Jean Paul II.

En définitive, le succès des JMJ semble surtout répondre au besoin d'exprimer une identité religieuse qu'il est parfois difficile d'affirmer dans une société sécularisée, où la foi se vit d'une façon très individuelle. Comme le dit un jeune Suisse à Rome, «ce qui me touche le plus, c'est de savoir que nous ne sommes pas seuls».

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.