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Les plus de 50 ans sortent plus nombreux des statistiques du chômage pour remplir celles de l’aide sociale.
© KEYSTONE/Laurent Gillieron

Ma semaine suisse

Idyllique, la situation des travailleurs de plus de 50 ans? Le Conseil fédéral ignore la réalité

Le marché de l'emploi pour les travailleurs de plus de 50 ans reste assez idyllique, assure l'administration fédérale. Le Conseil fédéral vit-il dans le même monde que le reste des Suisses?, se demande notre chroniqueur Yves Petignat

«Je voudrais travailler encore… Je sers plus à rien – moi. Quand je fais plus rien je coûte moins cher.» En 2001, dans son hymne ouvrier «Les mains d’or», Bernard Lavilliers décrivait une situation, celle d’un métallurgiste au chômage de plus de 50 ans, dont la Suisse se pensait à jamais épargnée.

De fait, selon le discours officiel du Secrétariat à l’économie, le marché de l’emploi pour les travailleurs de plus de 50 ans resterait assez idyllique. Dès lors, des mesures de protection particulières pour cette catégorie de salariés ne se justifient pas, estime le ministre de l’Economie Johann Schneider-Ammann. Pas question pour lui d’inscrire cette question à l’ordre du jour de la conférence nationale consacrée aux travailleurs âgés, le 25 avril.

Lire aussi: Travailleurs âgés: comment améliorer leurs conditions de travail?

«En comparaison internationale, ils sont mieux intégrés sur le marché suisse de l’emploi. Ils sont moins touchés par le chômage que la moyenne», répondait ainsi l’an dernier le Conseil fédéral à un postulat du conseiller national Claude Béglé qui lui demandait de lutter contre les discriminations liées à l’âge. Alors que le taux de chômage se situe à 3,4% pour l’ensemble de la population suisse, il n’y aurait que 3% de chercheurs d’emploi de plus de 50 ans annoncés auprès des offices régionaux de placement (ORP).

Hors statistiques

Le Conseil fédéral et son administration vivent-ils dans le même monde que le reste des Suisses? Ces dernières semaines, la presse alémanique a ainsi multiplié reportages et enquêtes sur une réalité que la Berne fédérale préfère oublier. Ingénieur informatique de 56 ans licencié après 20 ans de boîte, employé de bureau congédié trois jours après son cinquantième anniversaire, journaliste de 58 ans sur le carreau, chômeur de longue durée de 55 ans jugé partout «surqualifié»: ce que décrivent ces témoignages est nettement moins rose que la vision qu’en a Johann Schneider-Ammann.

La très sérieuse NZZ, que l’on ne saurait soupçonner de parti pris syndical, titrait ainsi son enquête: «Jobs pour les plus de 50 ans: la Confédération embellit». Effectivement les services fédéraux préfèrent minimiser certains éléments: les chercheurs d’emploi âgés ont deux fois plus de mal pour retrouver un emploi que les jeunes.

Alors que les plus jeunes sortent du chômage après 166 jours en moyenne, les plus âgés en mettent 273; en ne s’appuyant que sur les chômeurs annoncés auprès des ORP, le Département de l’économie ignore une réalité plus dérangeante: les plus de 50 ans sortent plus nombreux des statistiques du chômage pour remplir celles de l’aide sociale. La part des bénéficiaires de l’aide sociale de plus de 46 ans a passé de 46 000 personnes en 2005 à 68 000 en 2014.

Lire également: Selon l’OCDE, les travailleurs âgés doivent être mieux considérés

La droite économique inquiète

Ce que confirme une étude de l’Office zurichois du travail et de l’emploi qui sur 59 000 chômeurs de plus de 50 ans en recense 20 000 hors de la statistique du chômage pour toutes sortes de raisons: stages, formation, jobs intérimaires, etc.

Cette situation, avec ses répercussions politiques sur le soutien à la libre circulation des personnes, n’est pas sans inquiéter des élus de droite tels Pirmin Bischof (PDC) ou l’ancien président du PLR Philipp Müller. Ils se proposent tous deux de déposer des interventions parlementaires pour une meilleure protection des travailleurs âgés en cas de licenciements. Quant à la troisième conférence sur ce thème, elle risque bien de se réduire, comme souvent, à un exercice de routine sans grands résultats.

Dossier
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