«Innert Wochen könnte das halbe Land an Corona erkranken»: le chiffre fait un peu froid dans le dos, mais il correspond à ceux annoncés en moyenne par les pays du continent européen, là où le pic pandémique est le plus élevé en ce début d’année 2022. Dit en bon français, la moitié de la population suisse pourrait donc tomber malade du Covid-19 en quelques semaines, a indiqué, le 2 janvier à la SonntagsZeitung, Richard Neher, membre de la taskforce de la Confédération. Il suffit pour cela que le variant Omicron continue de se propager au rythme actuel.

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Une contamination à hauteur de 30 000 cas par jour est vraisemblable pour janvier, assure-t-il. Pourtant, dans une interview publiée dimanche soir par le site Blick.ch, l’épidémiologiste bernoise Emma Hodcroft estime elle qu’une fermeture totale ne sera probablement pas nécessaire en Suisse, qui «doit apprendre à vivre avec le virus. Le changement de paradigme est en cours dans le pays», et «selon le Conseil fédéral, nous avons entamé la phase de normalisation de cette pandémie», a pour sa part déclaré Rudolf Hauri, président des médecins cantonaux, à la NZZ am Sonntag.

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Mais si un triage des patients ne peut être évité dans les hôpitaux, «un confinement d’une à deux semaines serait malheureusement le moyen le plus efficace pour réduire la pression sur le système de santé», a également dit Emma Hodcroft. De son côté, le nouveau président de la Confédération, Ignazio Cassis, estime, lui, qu’il n’est pas nécessaire d’agir dans l’immédiat. A court terme, il faut éviter une surcharge des unités de soins intensifs, mais leur taux d’occupation actuel d’environ 80% dans tout le pays paraît «encore gérable», affirme le conseiller fédéral et ancien médecin cantonal tessinois dans une interview au SonntagsBlick.

«On pourrait accroître les capacités si cela s’avérait nécessaire, mais ce n’est pas le cas pour l’instant, souligne-t-il. Si se formaient ici et là des goulets d’étranglement, la solidarité intercantonale entrerait en jeu, comme durant la première vague.» Et «nous sommes prêts à réagir à tout moment, y compris en mobilisant des moyens au niveau fédéral, comme la protection civile ou l’armée». D’ailleurs, ajoute-t-il, aussi optimiste que dans son discours de Nouvel An (ci-dessous), «l’humanité a toujours vaincu les pandémies».

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Dans le Forum radiophonique de samedi sur la RTS, Johanna Gapany, vice-présidente du PLR et conseillère aux Etats fribourgeoise, l’a trouvé «rassembleur», ce primus inter pares issu du même parti politique qu’elle, et pense que «ce sera un excellent président», lui qui «aime écouter les autres» et qui «se présente tel qu’il est, qui ne se cache pas derrière des artifices». Et veut que nous soyons «tous ensemble, vaccinés ou non vaccinés»…

«Créer de la proximité»

«Tout le monde en a marre, mais vous avez promis des surprises. Vous allez nous redonner le sourire?» lui demande pour sa part la Tribune de Genève, dans un entretien très fouillé. «Je l’espère, oui, répond-il. Il me tient à cœur de créer de la proximité, notamment avec des séances extra-muros du Conseil fédéral, qui relieront Genève au Val Müstair. Sans compter la course d’école du gouvernement qui se fera probablement au Tessin. Je souhaite aussi que la politique extérieure se fasse au-delà des lieux dédiés que sont Berne et Genève»… Par exemple?

Au travers de rencontres dans d’autres villes, plus petites, moins habituelles. Le covid décidera si c’est possible

Mais dans le fond, «est-ce grave docteur?» se questionne 24 Heures. Résumant l’entretien donné par ledit docteur au SonntagsBlick, le quotidien vaudois juge qu'«Ignazio Cassis se présente non pas comme un Latin émotionnel et expansif mais comme un scientifique», avec des collaborateurs qui disent que son «cerveau fonctionne comme un programme Excel et non comme Word»: «J’aime m’appuyer sur des faits et des preuves, j’ai besoin de liens et de données»…

… Je suis médecin et je n’aime pas trop les affirmations et les suppositions, même si elles font partie de la politique

Et d’ajouter que «le chiffre de 20 000 contaminations quotidiennes ne le fait pas paniquer. Au contraire. Les épidémies, dit-il, apparaissent et disparaissent généralement à la fin avec des virus très infectieux, mais qui entraînent des maladies moins graves. D’un point de vue biologique, les virus ne veulent en effet pas tuer les personnes dont ils se nourrissent.» Mais n’est-il pas «en train de chausser des lunettes roses en faisant fi de la surcharge des hôpitaux»? se demande tout de même le journal.

Les spécificités d’Omicron

Car «d’autres experts sont plus partagés, à l’instar de François Balloux, directeur de l’Institut de génétique de l’University College de Londres»: «A Londres, le pic est déjà passé. Avec Omicron, le nombre de personnes ayant besoin d’être hospitalisées est bien plus bas. Et parmi ces patients, ceux qui se retrouvent aux soins intensifs sont aussi moins nombreux», explique au Matin Dimanche celui qui «manie l’art du débat sur la génétique comme un sport de combat». Alors, conclusion? «Contagiosité extrême versus maladie moins grave, difficile de prévoir ce que cela signifie exactement pour les soins intensifs des hôpitaux suisses.» Mais une chose est sûre:

On verra dans une dizaine de jours si le pari du «wait and see» du Conseil fédéral était raisonnable ou non

Et en attendant, comme le dit le président sur sa page Facebook:

Buon anno! Es guets Nöis! Bonne année! Bun di, bun onn!


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