Joe Biden va-t-il sauver le conseiller fédéral Ignazio Cassis? Le président américain a tendu une sacrée perche au ministre des Affaires étrangères suisse. A lui de la saisir.

Même timidement, le multilatéralisme revit grâce à l’arrivée d’un nouveau locataire à la Maison-Blanche. Le sommet de mercredi en est un premier symbole. Simultanément, il marque le retour sur la scène internationale de Genève, et par ricochet de la Suisse.

Retour des bons offices

Aux autorités helvétiques de maximiser cet événement, et tout particulièrement à un homme: Ignazio Cassis. Pour son destin politique, la rencontre entre Poutine et Biden est une chance inespérée. Elle a mis au grand jour les compétences organisationnelles et diplomatiques de la Confédération, et donc de ses équipes. S’il gère bien ce succès, il en profitera.

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Ces dernières années, la Suisse des bons offices a été prise de vitesse par d’autres pays, comme la Norvège. C’est le moment ou jamais de relancer cette politique qui a tant profilé le pays.

Ignazio Cassis doit se faire violence, lui qui n’était pas très inspiré par le multilatéralisme, ni très concerné par les enjeux de la Genève internationale. Il doit désormais faire confiance à ses talentueux diplomates pour tenter de résoudre des conflits, comme au Haut-Karabakh ou en Ethiopie. Genève, et donc la Suisse, pourrait aussi devenir un haut lieu de négociation pour des conventions numériques contre les cyberattaques; le sujet était au cœur des discussions de mercredi.

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Destin politique en jeu

Intérêts internationaux, locaux et personnels ne sont jamais très éloignés. Peu à l’aise dans son habit de chef du DFAE, Ignazio Cassis dispose d’un moment clé pour se profiler. Cette semaine, il a pu être sur la photo avec deux de ses homologues les plus puissants: le Russe Sergueï Lavrov et l’Américain Antony Blinken. Des contacts à poursuivre, surtout au moment où la Suisse est isolée en Europe après la rupture des négociations sur l’accord-cadre.

Ignazio Cassis a l’opportunité de prouver, enfin, qu’il a l’étoffe d’un conseiller fédéral, lui qui a été beaucoup critiqué depuis son élection. Il peut valoriser son pays, mais aussi sa personne, d’autant qu’il sera président de la Confédération l’an prochain. L’enjeu est énorme pour lui: son avenir politique. S’il échoue, ses risques sont grands de ne pas être réélu en 2023. Surtout au moment où son parti, le PLR, est déstabilisé. Et là, Joe Biden ne pourra rien faire pour lui.