La naissance enfin confirmée d'un pôle d'excellence en études des relations internationales et du développement à Genève est un événement dans l'histoire académique de la Suisse. La Confédération et le canton de Genève se sont entendus pour créer cette institution d'intérêt national à partir de deux instituts universitaires genevois menacés de déclin.

Membre de l'ONU depuis l'automne 2002, la Suisse doit se donner les moyens d'être présente sur le marché des idées politiques dans des domaines essentiels pour l'avenir de la communauté internationale. Notre destin en dépend, tant il est évident que la Suisse ne peut plus se considérer comme une île au milieu du monde.

Le droit humanitaire, le droit de la guerre, la prévention et la gestion de la fin des conflits, la politique de sécurité, les moyens et le droit de la lutte contre le terrorisme, le droit international du commerce et de la propriété intellectuelle, la santé dans ses dimensions géopolitiques, le développement qui met l'Occident au défi d'infléchir l'inégalité persistante des rapports Nord-Sud: ces champs d'études sont tous d'une actualité brûlante. Tous requièrent la production de nouveaux savoirs et d'expertises de très haut niveau. La compétition scientifique internationale est vive, et la Suisse n'a d'autre choix que de se montrer ambitieuse si elle veut exister sur cette scène.

La dimension nationale du projet doit l'emporter sur les tentatives mesquines de le faire capoter. La compétition se joue entre une institution nationale et des rivales à Londres, Bruxelles ou Boston. Pas entre la Suisse romande et la Suisse alémanique; Genève et Zurich; ou Genève et les autres cantons romands.

Le provincialisme des cantons universitaires qui se braquent déjà, jaloux que le Conseil fédéral accorde à Genève des moyens accrus, n'est pas recevable. Ces moyens ne sont d'ailleurs pas «massifs», comme on tente de le faire croire pour saborder le projet. Enfin, ceux qui contestent à la Confédération de prendre le leadership sur la future institution avouent leur vision étroite du nouveau partage des compétences entre Confédération et cantons.

Au fond, ces critiques ont pour unique qualité de rappeler aux chercheurs leurs responsabilités: à eux maintenant de mériter la grande confiance qui leur est faite par un engagement irréprochable.

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.