On croyait que le rideau allait s’abaisser et, hop! Quelqu’un fait surgir un lapin d’un chapeau et le spectacle continue. Il y a une semaine, le coprésident du PS, Cédric Wermuth, exhibait ainsi devant son assemblée des délégués une proposition de dernière minute pour sortir de l’impasse les négociations sur l’accord institutionnel avec l’UE. Ce qui lui avait valu une réplique ironique du président du nouveau parti du Centre, Gerhard Pfister: «Le PS ne veut pas sauver l’accord-cadre, mais sauver sa peau.» Pourtant, mercredi, c’est Viola Amherd, ministre de la Défense et élue du Centre, qui a sorti le même lapereau devant un Conseil fédéral ébahi. Le coprésident socialiste et la conseillère fédérale proposent tous deux d’abandonner l’intransigeance helvétique s’agissant de la directive sur la citoyenneté européenne. En échange d’un compromis européen sur la protection des salaires, pour le premier, et, pour la seconde, d’une clause de sauvegarde en cas d’afflux massif de «touristes sociaux».

A quoi attribuer cette incapacité à anticiper?

Qu’importe le sort qui sera réservé par le Conseil fédéral à ces tentatives de rafistolage. Ce sauve-qui-peut révèle la désorientation et l’impréparation des dirigeants politiques, au gouvernement ou à la tête des partis. Peut-on croire que personne n’aurait envisagé l’issue de l’entrevue de la dernière chance entre la présidente de la Commission Ursula von der Leyen et le président de la Confédération Guy Parmelin? Cela fait tout de même bientôt trois ans que le Conseil fédéral ainsi que les dirigeants politiques, économiques et syndicaux ont sous les yeux le texte mis au point avec Bruxelles par le négociateur en chef Roberto Balzaretti. Les points critiques – la protection des salaires, les aides d’Etat, le règlement des différends, la directive sur la citoyenneté – ont été recensés dès le début des négociations en 2014. A quoi attribuer cette incapacité à anticiper? Au système de gouvernement collégial, à l’amateurisme, à l’échec planifié de longue date? L’image qui en ressort aujourd’hui auprès de l’opinion est celle d’un monde politique dépassé et sans capacité de réaction.