L’immigration est actuellement la préoccupation principale des Suisses (43% citent les étrangers et 25% la politique d’asile, selon le Baromètre 2015 de Credit Suisse), supplantant les soucis économiques ou environnementaux des années précédentes. Sans renier leur devoir d’accueil envers les personnes menacées ni se montrer xénophobes, ils constatent que les choses fonctionnent mal, quoiqu’on leur dise, et que la loi n’est pas respectée, ce qu’ils n’admettent pas.

Dans les faits, la loi n’est pas appliquée

L’article 3 de la Loi sur les étrangers stipule que l’admission d’étrangers en vue de l’exercice d’une activité lucrative doit servir les intérêts de l’économie suisse; que les chances d’une intégration professionnelle et sociale durable sont déterminantes; que les étrangers sont également admis pour des motifs humanitaires; que lors de l’admission d’étrangers, l’évolution sociodémographique de la Suisse doit être prise en considération.

Tout ce que souhaite la grande majorité du peuple suisse est ici énoncé mais n’est pas appliqué dans les faits. D’une part parce que les membres de l’UE y échappent puisqu’ils sont régis par l’accord de libre circulation, ce qui explique le vote du 9 février. D’autre part parce que les procédures d’asile ont trop souvent conduit, concernant les autres ressortissants, à confondre les motifs humanitaires et économiques. En effet, beaucoup de requérants sont en réalité des réfugiés économiques, dont nombreux ne remplissent pas les conditions exprimées par la loi concernant leur capacité d’intégration ni les intérêts de l’économie suisse.

La légèreté de Mario Gattiker

Il y a peu, Mario Gattiker, Secrétaire d’Etat aux migrations, interrogé par Le Temps, affirmait sans signe d’affolement: «Entre les mois de juin et d’août, entre 20% et 40% des requérants ont disparu juste avant de déposer formellement une demande d’asile, et environ 20% dans les premiers jours après le dépôt de la demande. On peut ainsi estimer qu’entre 50% et 60% des personnes quittent nos structures.» Les Suisses qui viennent d’approuver largement des procédures d’asile rapides, clé d’une politique stricte et équitable leur a-t-on dit, ne pensaient sans doute pas à cette forme saugrenue de mise en œuvre! Trêve de plaisanterie, comment M. Gattiker peut-il affirmer que ces requérants disparus sont partis en Allemagne et non pas restés ici? Quelle preuve en a-t-il puisqu’ils se sont envolés, et qui saura décompter le nombre réel de clandestins en Suisse? Là encore, la population est choquée: à quoi servent les lois, les discussions interminables aux chambres, les initiatives et les référendums, si le terrain est ensuite géré avec tant de légèreté? Et comment croire, dans ces conditions, que l’évolution sociodémographique mentionnée dans la loi est réellement prise en compte?

Etonnez-vous que la population soit perplexe!

Autre exemple, la Loi sur l’asile stipule (art.3) que les personnes qui sont exposées à de sérieux préjudices parce qu’elles ont refusé de servir ou déserté ne peuvent pas être considérées comme des réfugiés. Pourtant, la moitié des migrants érythréens se sont vus accorder le droit d’asile en 2016 pour cette raison. Etonnez-vous ensuite que la population soit perplexe. Surtout lorsqu’elle apprend qu’un bon nombre vont passer leurs vacances dans leur pays alors que la loi (art.78) explique que le statut de réfugié doit être révoqué dans ce cas.

Et qu’il s’insurge!

Enfin, cerise sur le gâteau, un terroriste algérien vient d’être arrêté en Suisse où il a demandé le droit d’asile. Il a fui la France où il avait été placé en assignation à résidence après avoir purgé sa peine pour projets d’attentats à l’arme chimique ou biologique avérés. Sachant que son renvoi en Algérie a été refusé par la CEDH sous prétexte qu’il y risque la peine de mort, il va donc pouvoir couler des jours paisibles chez nous aux frais de la princesse. Si, bientôt, tous les malfaiteurs issus de pays connaissant la peine de mort revendiquent le droit d’asile, notre surpopulation carcérale est loin d’être résolue! Et le peuple de s’insurger! A-t-il tort?