Editorial

Immigration: on oublie l’essentiel!

Huit mois après le vote du 9 février 2014 sur l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse», quelques semaines avant celle dite «Ecopop» qui veut réduire drastiquement la croissance de la population, personne n’a encore trouvé de solution. Le parti de Christoph Blocher semble hésiter sur les contingents, le Conseil fédéral consulte et louvoie dans ses réponses. Quant à la gauche socialiste, elle propose une taxe à l’embauche de la main-d’œuvre étrangère, un instrument de marché très libéral dans son esprit mais dont elle sait déjà qu’il n’est pas compatible avec la libre circulation des personnes. Les milieux économiques préféreraient, semble-t-il, un quota théorique à l’immigration, doublé d’une clause de sauvegarde permanente au cas où le flux migratoire ne faiblirait pas.

Bref, la confusion sur les moyens pour atteindre les buts de ces initiatives est totale. Elle devient carrément absurde si on se place dans une perspective conjoncturelle où tous les indicateurs virent au rouge. L’Europe, et avec elle la Suisse, est en danger: au mieux par une nouvelle récession et au pire par une longue décennie de stagnation, pour peu que l’économie du Vieux Continent ne parvienne pas à surmonter ses blocages et à se réformer. A la remorque d’une Allemagne qui décélère, tout ralentissement conjoncturel prolongé finira par avoir des effets directs sur la croissance démographique, la consommation intérieure. Et par ricochet sur la vigueur du marché immobilier, sous la menace d’une bulle que la Banque nationale suisse tente de contrôler. Dans l’avalanche des propositions, nous oublions l’essentiel: l’importance et la réversibilité des cycles économiques.

S’il doit être possible d’adopter une législation qui affirme dans son principe l’idée d’un contrôle migratoire, son application concrète pourrait bien n’être que très théorique! Et, dans vingt ou trente ans, quand le vieillissement de la population atteindra son pic générationnel, c’est probablement une politique inverse qu’il faudra mettre en place. Tout cela est politiquement incorrect et blesse peut-être tous ceux qui ont cru que la maîtrise de la croissance démographique n’était qu’une affaire de volonté politique. C’est, on le découvre, un casse-tête économique où croissance démographique et dynamisme du marché du travail sont un couple indissociable et très fragile, difficile à maîtriser sans commettre des bêtises. La plus grave étant de précipiter tout un pays dans une récession.