La préférence indigène à l’embauche: c’est la réponse que la majorité des cercles politiques et économiques comptent apporter à l’épineuse question de la restriction de l’immigration. On ne parle quasiment plus que de cela depuis plusieurs semaines. Le modèle défendu par les cantons, élaboré par le professeur Michael Ambühl, s’en inspire. Il consiste à identifier les branches professionnelles où le recours à des étrangers ne peut être toléré que si l’on n’a pas trouvé le personnel dont on a besoin sur le marché suisse.

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La solution adoptée par la commission préparatoire du Conseil national va aussi dans cette direction: pas de contingents, mais une collaboration étroite avec les Offices régionaux de placement pour repourvoir en Suisse les postes vacants avant d’aller recruter au-delà des frontières. Enfin, le train de mesures connu sous le nom d'«initiative en faveur du personnel qualifié suisse» vise les mêmes buts.

Une analyse rapide de ces démarches laisserait penser à l’observateur distrait que le monde politique et économique a trouvé LA solution permettant de réduire l’immigration sans toucher à l’accord sur la libre circulation des personnes. Que le distrait se détrompe! On est loin du compte. En fait, tout cet arsenal donne surtout bonne conscience à ceux qui le mettent sur pied. Dans la réalité, c’est plus compliqué.

D’une part, il faut constater que l'«initiative en faveur du personnel qualifié suisse» n’est qu’un tigre de papier. Elle contient davantage d’orientations générales et de buts nobles que des solutions tangibles. Les indicateurs développés par le canton de Zurich et le Seco pour identifier les professions où le recrutement de personnel indigène doit être prioritaire sont certes intéressants, mais ne constituent pas encore un instrument convaincant de mise en oeuvre. Personne n’ose le dire: la méthode risque de se révéler très bureaucratique, ce que personne ne souhaite.

Enfin, il faut rappeler que ces propositions ne résolvent que le volet économique de l’initiative sur l’immigration. Il est certes essentiel et il est absolument justifié que le monde politique et économique veuille éviter de mettre en péril l’accord sur la libre circulation et les six qui lui sont liés. Mais ceux qui ont dit oui à l’initiative de l’UDC le 9 février 2014 n’étaient pas tous motivés par l’afflux de main-d’oeuvre étrangère. Ils ont aussi exprimé des préoccupations face aux migrants en provenance de régions en crise dont l’intégration peut se révéler difficile.

Dans ce contexte, on ne peut que saluer les réflexions de juristes du parlement comme Andrea Caroni, Daniel Jositsch ou Hans Stöckli, qui sont convaincus qu’il faudra rapprocher la loi d’application du texte constitutionnel. En adaptant la première. Ou le second.

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