Le centre d'hébergement de Sangatte, dans le Pas-de-Calais, a fermé ses portes aux nouveaux arrivants mardi dernier. Il y avait encore 1800 réfugiés recensés à l'intérieur. Depuis, quelque 800 candidats à l'immigration ont été interpellés dans la région. D'autres errent dans les rues des villes et des villages du nord de la France (mais pas plus qu'avant la fermeture de Sangatte, affirme le Ministère de l'intérieur).

Jeudi soir, des associations d'entraide ont forcé la porte d'une salle de gymnastique de Calais pour y organiser un campement provisoire, et provoqué la colère de Nicolas Sarkozy, le ministre de l'Intérieur, qui a ordonné l'évacuation. «Il faut envoyer un signal, un signal au monde entier, pour dire que ce n'est plus la peine de venir dans ce hangar du bout du monde parce qu'il n'y a pas d'avenir pour vous dans ces conditions», a-t-il déclaré avant de s'en prendre «aux petites associations manipulées, en mal de publicité, [qui] ont voulu se faire de la publicité sur le dos de malheureux […]».

Après l'évacuation, les immigrants ont continué à errer dans la ville de Calais, jusqu'à ce que le maire ouvre une petite église où ils se sont retrouvés plus d'une centaine. Le gouvernement leur a donné jusqu'à lundi après-midi pour vider les lieux. Il a proposé à certains d'entre eux de déposer une demande d'asile, et à d'autres une prime au retour de 2000 euros (deux fois notre salaire mensuel minimum, expliquait à des Afghans un fonctionnaire de la préfecture). Quelques-uns ont accepté d'être conduits dans des foyers d'hébergement en dehors de la région.

Mais la plupart espèrent encore trouver une solution pour rejoindre l'Angleterre. Cette dernière a pourtant durci sa législation vendredi. Nicolas Sarkozy s'en est félicité: «Les nouvelles dispositions de la loi britannique répondent à l'engagement pris par M. Blunkett (ministre de l'Intérieur du Royaume-Uni) de réduire l'attractivité du territoire britannique pour permettre de tarir les flux de migrants qui transitent par la France et donc de fermer le centre de Sangatte.» Ce dernier devrait être désaffecté au printemps prochain.

La fermeté d'un message ne se mesure pas au ton de celui qui l'énonce, mais à l'effet qu'il a sur ceux à qui il est destiné. Celui de Nicolas Sarkozy et David Blunkett vise de toute évidence à rassurer leurs concitoyens et à justifier des mesures plus sévères à l'égard de l'immigration, qui pourront désormais s'abriter derrière cet avertissement: on leur avait bien dit qu'il ne fallait pas venir. Quant aux candidats à l'émigration des pays les plus déshérités, ils ont peu de chance de l'entendre. Nicolas Sarkozy est trop intelligent pour ne pas se souvenir de ce vieux proverbe français: «Ventre affamé n'a point d'oreilles.»

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