Que les «personnes travaillant dans le secteur bancaire» me pardonnent, il y a des nouvelles qui ont l'effet d'un rayon de soleil dans la grisaille du matin. J'apprends à la 27e page du Temps de lundi qu'elles sont plus stressées et plus déprimées que les personnes travaillant dans d'autres secteurs. Par exemple moi. J'apprends aussi que «si [elles] sont en général mieux payées qu'ailleurs, leur degré de satisfaction est beaucoup plus bas». Ce n'est pas que je tienne à commettre une bassesse qui abaissera encore le degré de satisfaction du personnel bancaire, je me suis mis à contempler ma feuille de paie avec les yeux d'un enfant sur son ours en peluche.

«L'image de l'employé de banque assis placidement derrière son guichet huit heures par jour en prend un coup», dit l'article qui rend compte d'une enquête très sérieuse. Si je ne l'avais pas lu, je ne l'aurais pas su. J'ai une pratique très ordinaire des banques. Jusqu'ici je n'ai remarqué aucun changement dans le comportement des distributeurs automatiques de billets. Et lorsque je dois m'adresser à une personne humaine, je continue à faire la queue comme tout le monde en pestant contre les réductions d'effectifs.

Parvenu au guichet, ou plutôt au bureau séparé du public par un comptoir sorti des cartons de designers-ergonomes soucieux de maintenir le calme, je ne me souviens pas d'avoir eu l'occasion de parler à des individus particulièrement stressés et déprimés. Il s'agit sans doute d'une posture contractuelle, surtout quand ils sont obligés de me signaler que mon compte est à découvert ou que l'opération que je souhaite réaliser me sera facturée sauf si je la réalise sur un Contomat. Ce qu'ils me conseillent de faire sur un ton de haut-parleur d'aéroport.

En tout état de cause, je ne donne pas plus de signe de stress et de déprime que la personne du secteur bancaire qui me fait face. Mais les statistiques sont formelles en ce qui la concerne, et les sensations invisibles qui m'assaillent (mains moites, contraction musculaire à hauteur des cervicales, rythme cardiaque accéléré) ne trompent pas. Mon niveau de stress est en hausse et tend à rejoindre celui des employés de banque.

J'en conclus que le travail des designers-ergonomes est destiné à calmer les clients autant que les employés et qu'il y échoue également. J'en conclus enfin que si les personnes travaillant dans le secteur bancaire sont plus déprimées et stressées que les personnes travaillant dans les autres secteurs, leur leadership est menacé par les personnes fréquentant les banques en tant que clients, une population qui coïncide à peu de chose près avec la population totale adulte et n'est pas prise en considération par l'enquête puisqu'il s'agit d'une recherche sur le stress au travail.

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