Revue de presse

Impréparation et négligences à une semaine des Jeux de Rio 

La cité brésilienne aura (a déjà) de sacrés défis à relever pour que la fête soit belle et propre, comme les organisateurs l'ont promis. Passage en revue de quelques dysfonctionnements

«Les athlètes vont nager dans de la m…»: à une semaine de l’ouverture des Jeux olympiques de Rio de Janeiro, le moins que l’on puisse dire est que ce titre du Journal de Montréal interpelle. Et qu’il est en tout cas plus audacieux que celui de l’article du Temps déjà consacré à cette problématique peu ragoûtante. De quoi s’agit-il? Tout simplement de ceci: «Lorsqu’on lui demande à quoi les nageurs qui tenteront l’aventure olympique à Rio doivent s’attendre, le Dr Daniel Becker – un médecin local – ne mâche pas ses mots: «[Ils] nageront dans de la m… humaine et risquent de tomber malades». Plus tôt cette semaine, le New York Times révélait que, malgré une promesse gouvernementale lancée il y a sept ans, la désinfection de la baie de Guanabara serait un échec. En fait, ces eaux seraient plus contaminées que prévu et contiendraient, notamment, des rotavirus pouvant provoquer diarrhées et vomissements.» Elles pourraient également être infectées de superbactéries susceptibles d’être mortelles auprès de personnes qui ont un système immunitaire faible».

Lire aussi: Les athlètes des Jeux olympiques de Rio nageront dans les eaux d’égouts

Et comme si cela ne suffisait pas, les dealers sont aussi fin prêts pour les olympiades, qui se dérouleront du 5 au 21 août et où sont attendus jusqu’à un demi-million de visiteurs étrangers et 300 000 Brésiliens: selon l’Agence France-Presse (AFP), ils «écoulent des sachets de cocaïne et de crack estampillés du célèbre logo aux anneaux olympiques. La police de Rio a annoncé avoir saisi 93 de ces sachets de cocaïne et 28 de crack, mardi 26 juillet au soir lors d’une opération dans le quartier festif et noctambule de Lapa, dans le centre historique.» Bravo, mais c’est tout de même moins idyllique que cette vidéo virale de l’AFP, dans un pays en proie à une grave crise politique, avec une présidente soupçonnée d’avoir maquillé les comptes publics:

Les Jeux sont-ils donc «(mal) faits», comme l’écrit Le Monde? Il y a en tout cas «de l’impréparation, de la négligence peut-être». Les critiques affluent aussi sur le village olympique qu’un éditorialiste du Daily Telegraph australien – sous la forme d’une fausse lettre du président du CIO, Thomas Bach, adressée à sa «chère famille» – a qualifié de «favela olympique». Kitty Chiller, la cheffe de mission de l’équipe australienne, a aussi divulgué «une note mêlant colère et abattement pour se plaindre des conditions d’hébergement». Ce qui lui a valu des excuses personnelles et des bisous de la part du maire de la ville, indique le Daily Mail. «Insalubre, le village olympique, écrit-elle, n’est ni sûr ni prêt.» Et de mentionner «les murs qui suintent, les toilettes bouchées, les courts-circuits…»

L’AFP rapporte encore que «les fonctionnaires du métro de Rio menacent de se mettre en grève le 4 août, à la veille de la cérémonie d’ouverture […] si on leur refuse une augmentation de salaire»; Le Parisien que les Jeux seront «bien plus chers que prévus» – mais ça, c’est de la routine; O Globo, cité par Courrier international, que «la police de Rio de Janeiro a spectaculairement manifesté son exaspération face au cruel manque de moyens dont elle dispose pour assurer la sécurité pendant la durée de l’événement» en brandissant il y a un mois une banderole «Bienvenue en enfer» dans le hall d’arrivée de l’aéroport; Le Figaro que «les voyageurs ont peur des risques d’infection par Zika» mais que, ouf, «des chercheurs» publient quand même «une étude rassurante sur les risques sanitaires associés au virus»; et que ouf encore, selon l’AFP encore, «avec 450 000 préservatifs distribués aux athlètes», ces Jeux «seront les plus «chauds» jamais organisés. Et ce, à cause du virus Zika.»

«Les Jeux de tous les défis»

Mais il serait injuste de prétendre que tout est noir. Plus précisément, ce sont un peu «les Jeux de tous les défis», comme on le lit dans la très bonne synthèse des Echos. Certes, le contexte économique est «tendu pour le Brésil», mais «la fête se doit d’être réussie afin de prouver aux Brésiliens que l’investissement en valait la peine. Les organisateurs devront aussi relever le défi de la sécurité entre forte criminalité et risque terroriste. Ils devront enfin assurer, comme ils l’ont promis, des «Jeux propres», sans dopage.»

Il faut aussi savoir que «50% des Brésiliens désapprouvent […] la tenue des JO à Rio, selon un sondage […] publié quinze jours avant le coup d’envoi. […] C’est deux fois plus qu’il y a deux ans.
Une partie des infrastructures sportives nécessaires à l’organisation de l’événement existait déjà, héritée des précédentes manifestations organisées dans la ville. Il a tout de même fallu en construire une dizaine. Mais ce sont surtout les travaux d’infrastructure qui ont pesé lourd dans le budget de ces Jeux brésiliens, avec notamment la rénovation de la zone portuaire et la création d’une ligne de métro pour relier le quartier de Barra (qui accueille le village olympique) aux plages d’Ipanema et de Copacabana. Celle-ci devait d’ailleurs ouvrir in extremis et avec une capacité réduite, les travaux ayant pris du retard.»

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