La politique étrangère est le secteur dans lequel le désamour de l'opinion publique française à l'égard du président Sarkozy est le moindre. Le taux d'approbation se situe à 50%. Cette perception équilibrée reflète adéquatement une diplomatie française marquée à la fois par la continuité et les infléchissements novateurs plus ou moins réussis.

Ce verdict traduit d'abord l'approbation relative que vaut à M. Sarkozy la poursuite d'une politique européenne traditionnelle. Dès le début de 2007, Mme Merkel s'est efforcée de dégager une position commune sur la Constitution européenne entre les dix-huit Etats qui l'avaient adoptée, ceux qui l'avaient rejetée et ceux qui attendaient de se prononcer. L'appui que lui a apporté le candidat, devenu dès le 6 mai 2007 le président Sarkozy, a revêtu une double forme: d'une part, il a réalisé la synthèse des idées qui circulaient à Berlin, Bruxelles et Paris, notamment dans les milieux parlementaires, pour aboutir au «traité simplifié»; d'autre part, il prit le risque d'annoncer dans sa campagne électorale qu'avec lui, il n'y aurait pas de nouveau référendum en France - le traité serait ratifié par la voie parlementaire et au plus vite.

Enfin, il était clair aux yeux de ses partenaires que le «non» français ayant plongé l'Europe dans une crise institutionnelle pendant deux longues années, il incombait à la France de l'en sortir. Le président Sarkozy s'est acquitté brillamment de sa tâche lors du Conseil européen de juin, prêtant main-forte à la présidence allemande de l'UE pour créer un consensus autour du Traité de Lisbonne. Cela ne fit pas de lui, cependant, un Européen convaincu: il était mû à la fois par le souci d'un fonctionnement efficace de la machine communautaire, par la volonté d'imprimer d'emblée sa marque sur la politique extérieure et d'éviter que la présidence française au deuxième semestre de 2008 ne soit bloquée par la querelle sur la Constitution. De plus, il avait une occasion en or de témoigner de son attachement à l'amitié franco-allemande, en dépit des problèmes de gouvernance qui se posaient au sein de l'entreprise commune EADS.

Cependant, il restait fidèle à une conception intergouvernementale agressive de la construction européenne, qui allait le mettre en délicatesse avec l'Allemagne. Il s'en prit frontalement à la Banque centrale européenne et à la discipline qu'elle faisait régner - mais qui réussit si bien à Berlin. Il se para un peu trop exclusivement du succès du Traité de Lisbonne - dû d'abord à la présidence allemande - et se vanta d'avoir obtenu in extremis la libération des infirmières bulgares otages de la Libye, pourtant déjà en bonne voie grâce à l'intervention de l'UE.

Surtout, il lança une initiative qui rompait avec la politique extérieure et de sécurité de l'Union européenne, proposant une sorte de Sonderbund à tous les pays riverains de la Méditerranée, en dehors des mécanismes européens. L'Espagne et l'Italie se montrèrent peu enthousiastes, l'Allemagne y mit le holà et, au terme d'une bouderie de quelques mois, le président Sarkozy, isolé, dut renoncer aux aspects les plus irritants de son projet séparatiste pour l'intégrer pleinement dans le processus euro-méditerranéen dit de Barcelone.

Avant la relance de ce programme autour de véritables projets de développement régionaux, de nombreux obstacles restent à surmonter: la nature de sa présidence et de son secrétariat, celle de son financement et, surtout, la nécessité de dépasser au préalable les graves tensions politiques au Moyen-Orient, dans les Balkans, au Maghreb... Le taux de présence des chefs d'Etat invités au premier sommet de l'Union pour la Méditerranée, qui aura lieu à Paris le 13 juillet, sera un premier indicateur du succès rencontré par l'idée du président français: le précédent sommet en Espagne en 2005 avait été boycotté par les pays du Sud.

S'il avait conçu au départ son Union méditerranéenne en partie pour offrir une structure de remplacement à la Turquie dont il ne veut pas au sein de l'Union européenne, Nicolas Sarkozy dut déchanter très vite devant le refus d'Ankara et le rejet de l'Allemagne et du Royaume-Uni.

Avec les Britanniques, il compte renforcer la défense européenne et retrouver «l'esprit de Saint-Malo» qui avait été à l'origine de sa création en 1998. Pour les rassurer, il se rapproche de l'OTAN, en posant des conditions qu'il appartiendra au prochain président des Etats-Unis de remplir. La défense, le climat, l'immigration seront les points forts de la présidence de l'Union européenne que la France s'apprête à exercer à partir du 1er juillet.

Loin de constituer une montée en puissance régulière et continue, la politique européenne de la France au cours de la première année Sarkozy offre un bilan en dents de scie. Elle n'est pas de nature à apaiser l'inquiétude de ceux qui se demandent quelles surprises la présidence française réservera à ses partenaires, en dépit du ton plus sobre que l'Elysée semble vouloir adopter désormais.

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