Au jour anniversaire de l'accord de Genève dont la Suisse a été l'accoucheuse et la promotrice en 2003, elle admet n'être pas directement impliquée dans le processus de médiation au Proche-Orient, préférant agir dans le domaine humanitaire et l'appui à la société civile (L T, 1/2.12. 2007). De ce fait, elle ne regrette pas d'avoir manqué la conférence d'Annapolis, bien que son absence ait paru comme un désaveu.

A plusieurs reprises depuis 2001, la valeur stratégique du Proche-Orient pour la politique de sécurité de la Suisse a été affirmée par le Conseil fédéral. Le DFAE écrivait en 2004: «il importe que la politique suisse participe, dans la limite de ses moyens, à la promotion de la paix dans la région».

Mais la Suisse sera la bienvenue à la conférence des donateurs qui se tiendra le 17 décembre prochain à Paris et constitue la seconde étape de la relance du processus de paix. La France, Etat hôte, et la Norvège coprésideront cette journée destinée à donner corps à des projets de développement concrets. Pourquoi la Norvège?

Voilà un pays de 4,6 millions d'habitants, situé à l'extrémité nord-ouest du continent européen, un peuple de pêcheurs et de marins, devenu le troisième exportateur de pétrole au monde, possédant une forte tradition religieuse et missionnaire, animé par un sens aigu de la solidarité, qui s'est hissé au premier rang des pays contributeurs de l'aide publique au développement. Elle y consacre près de un pour cent de son PIB.

Petit pays prospère - sa flotte marchande est l'une des plus sûres - la Norvège a choisi à deux reprises, par référendum, de ne pas adhérer à l'Union européenne. La neutralité qu'elle avait proclamée peu après avoir accédé à l'indépendance en 1905 ne l'ayant préservée ni de la guerre ni de l'occupation au cours des deux conflits mondiaux du siècle dernier, elle fut en conséquence l'un des Etats fondateurs de l'OTAN.

Cependant, elle ne se prévaut de l'Alliance que pour sa défense; en dépit des excellentes relations qu'elle entretient avec les Etats- Unis, elle s'est opposée à la guerre d'Irak, et ne saurait être considérée comme l'agent de ces derniers sur la scène internationale, ni comme l'instrument de Bruxelles! (Cependant elle est présente en Afghanistan.)

En combinant la croissance graduelle et bien ciblée de sa coopération et le réseau tissé par les ONG religieuses, politiques, syndicales agissant dans des foyers de conflits (Guatemala, Sri Lanka, Indonésie), elle s'est créé peu à peu une réputation internationale qui l'a fait passer du rôle modeste d'honnête courtier occasionnel à celui d'architecte incontournable de la plupart des efforts de paix dans le monde. Il convient encore d'ajouter deux caractéristiques importantes: la participation récurrente aux opérations de maintien de la paix de l'ONU - près de un pour cent de la population aurait servi sous le drapeau bleu - et l'attribution annuelle du Prix Nobel de la Paix, qui ajoutent encore à cette image. De plus, la Norvège est perçue comme un pays responsable, impartial, objectif - certains disent carrément: neutre! - sans passé colonial ni ambition politique. Pionnière du développement durable avec le rapport Brundtland qui conditionne tout le débat mondial sur l'environnement, elle parvint à surmonter les réserves que suscitait sa politique baleinière.

La Norvège mène une politique extérieure qui intègre opérations de maintien de la paix, aide au développement, développement durable et efforts de paix; c'est une application de la notion de «sécurité humaine». Elle est doublement flexible, par la mise à disposition rapide et facile des ressources matérielles ou personnelles nécessaires à la poursuite de ses objectifs et dans la recherche de partenaires, gouvernementaux ou non. Elle cultive le dialogue et l'échange. Elle considère que cette politique sert directement ses intérêts de sécurité.

L'autorité morale que lui donne sa politique de paix dans toutes ses composantes lui confère une influence sans commune mesure avec l'importance de sa population et lui vaut de ne pas tomber dans l'insignifiance sur la scène internationale.

On voit là que la Suisse et la Norvège ont certains traits communs et quelques différences dans leur approche; les deux pays collaborent souvent, avec d'autres, dans des opérations spécifiques. La Suisse consacrera environ 60 millions de francs chaque année à ce chapitre de sa politique extérieure, qui comprend également la promotion du droit international humanitaire, des droits de l'homme, de la politique migratoire, etc. Elle a d'autres obligations et doit veiller à la cohérence de l'action des offices et départements.

Les Accords d'Oslo de 1993 ont marqué le début de la politique de paix norvégienne. L'échec de leur mise en œuvre n'a pas empêché la Norvège de suivre le dossier du règlement politique du conflit au Proche-Orient; elle préside depuis 2004 un comité de liaison ad hoc d'Etats qui sont les principaux donateurs pour la Palestine. C'est à ce titre qu'elle codirigera les travaux de la conférence de Paris.

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