Revue de presse

Les indépendantistes catalans ne sont pas sortis de l’auberge espagnole

Le scrutin législatif du 21 décembre risque bien de ne rien résoudre du tout dans le conflit entre Madrid et Barcelone. La prospérité de la province qui exige le dialogue est en jeu

«Les indépendantistes ont remporté des élections effroyables, qui étaient destinées à les vaincre, eux et leur esprit démocratique. Des temps difficiles mais pleins d’espoir viendront, et nous avons besoin de vous, à la tête du commandement des forces sociales. Vous serez libres!» Libres, vraiment? Le tweet victorieux, jeudi soir, du chanteur vedette Lluís Llach, semble bien optimiste, quoique prudent tout de même avec ses interrogations sous-jacentes, au lendemain de la victoire des indépendantistes lors du scrutin législatif imposé par Madrid à la Catalogne.

Seulement voilà. Les chiffres montrent que «les différents partis devraient se neutraliser» et qu’ils vont «avoir du mal à former des pactes». Maintenant, «les Catalans, qu’ils soient pour ou contre l’indépendance, devront s’attacher à souligner qu’il s’agit d’un conflit politique, qui nécessite une solution politique et qui ne peut être géré qu’avec des méthodes démocratiques», selon le quotidien séparatiste Ara, qui triomphe ce vendredi matin. Pour lui, ce vote a été «marqué par la contestation et les émotions, dans un contexte chauffé à blanc. Mais (...) le résultat devra être reconnu par toutes les parties.»

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Qui triomphe, oui, grâce à ses «résistants», mais dont la majorité pas assez claire va aboutir à une «Catalogne congelée», quasi ingouvernable, puisqu’ils n’ont remporté «que» 70 sièges sur 135, avec, toutefois, un taux record de 82% de participation. Lequel renforce les résultats, tout en «annulant», selon ce journal, «la victoire d’Inès Arrimadas», la représentante du parti Ciutadans (Ciudadanos, au centre), qui a remporté le plus de sièges: 37, contre 32 à la gauche républicaine et 34 aux partisans de Carles Puigdemont, laissant tous les autres loin derrière.

A Madrid, le quotidien conservateur El Mundo renverse la vapeur en titrant pour sa part que «le triomphe historique d’Arrimadas n’est pas parvenu à freiner les indépendantistes», alors que le journal catalalophone El Punt Avui, dans la mouvance indépendantiste qu’il a toujours défendue, parle d’une «majorité pour le souverainisme».

Quoi qu’il en soit, les résultats de cette élection envoient à Madrid le même message que lors des législatives de 2015 et le même message que celui du référendum du 1er octobre dernier: la Catalogne veut son indépendance, elle le crie plutôt haut et fort dans les urnes et signale encore une fois au pouvoir central qu’il faut le reconnaître. D’autant que le parti du président espagnol, Mariano Rajoy, le PP, dégringole au parlement de Barcelone, passant de 11 à 3 sièges, avec 4% des voix, ce qui ne lui permettra même plus de former un groupe.

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Il va donc bien falloir qu’à Madrid, «ils cèdent sur des choses qui leurs déplaisent: s’asseoir et dialoguer», résume le sociologue Narciso Michavila, dirigeant d’un institut de sondages de la capitale espagnole, qui s’exprime notamment dans El Periodico de Catalunya. Mais il avertit aussi: les indépendantistes devront mettre de l’eau dans leur vin pour stopper la dégringolade du tourisme et des investissements depuis le début d’octobre. Pour la suite, Mariano Rajoy a prévu d’annuler la mise sous administration directe, quel que soit le résultat du scrutin, mais il a aussi indiqué qu’il pourrait l’instaurer à nouveau si le nouveau parlement et la Généralité recherchent l’indépendance de façon illégale.

En résumé, c’est le retour à la case départ, après que «la campagne s’est polarisée entre les blocs indépendantiste et constitutionnaliste», lit-on dans El País. Mais les séparatistes n’ont pas pu se mettre d’accord sur une candidature unitaire à la présidence du gouvernement autonome, comme ce fut le cas au parlement sortant, avec Carles Puigdemont, observe Courrier internationalCette fois, au vu de leurs ennuis avec la justice, «le scénario s’annonce compliqué» pour un ex-président exilé à Bruxelles et son challenger, Oriol Junqueras, actuellement en prison.

Retour aux urnes?

A supposer encore «qu’ils trouvent des alliés», poursuit le quotidien madrilène dans un autre article, car «les séparatistes ne sont désormais plus d’accord entre eux sur la méthode pour parvenir à une éventuelle indépendance. Quoi qu’il en soit, dans un parlement divisé entre, au total, sept formations, si aucune coalition ne se forme d’ici le débat d’investiture – dont la date limite est fixée au 6 février prochain – les Catalans pourraient bien devoir retourner aux urnes dans les mois qui viennent.» Voilà pour «los interrogantes del 22-D».

«Ce n’est que par le dialogue qu’il sera possible de sortir du bourbier actuel. Nous voulons croire qu’au-delà des idéologies et des stratégies, tous les candidats veulent une Catalogne prospère», espère de son côté La Vanguardia. Tandis que pour El Mundo, on a encore affaire à «une agression sans précédent contre la démocratie et à une attaque d’inspiration suprémaciste contre les principes de liberté, d’égalité et de solidarité énoncés par la nation espagnole». La «nation» espagnole», cette «auberge» où chacun trouve ce qui l’intéresse en fonction de ses goûts, de sa culture, de ses convictions… On n’en est pas encore sortis, loin s’en faut.


La revue de presse quotidienne du Temps.ch prend une pause. Elle sera de retour le jeudi 4 janvier 2018.

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