Révolution de palais

Les indigents (et les mocassins à glands)

Le peuple partage un point commun avec l’élite: l’indigence. C’est un premier pas vers la conquête, selon notre chroniqueur

Suite du feuilleton «Elites contre Peuple». Fillon remporte le combat de la «vraie France» contre celle de «l’intérieur du périphérique». Traduisez: le peuple contre l’élite parisienne. Trump a vaincu Washington. Fillon a conquis Paris. En mocassins à glands. Un nouveau peuple embourgeoisé conquiert les citadelles. Bientôt la Suisse? Ce sera difficile. Berne n’est pas une citadelle. Elle n’est qu’une modeste bourgade de réunions trimestrielles d’élus en transit dans des hôtels provinciaux. Une combinaison de culture protestante et de milice fédéraliste.

En fait, l’élite suisse est à Zurich, seule citadelle du pays. Elle en a encore fait la démonstration il y a dix jours. Un institut de l’Université de Zurich a révélé au monde ébahi pourquoi les populistes étaient populaires. Le Forschungsinstitut Öffentlichkeit und Gesellschaft (Fög, pour les intimes) a publié son rapport annuel sur la «qualité des médias».

Les réseaux sociaux, c’est mal

Scoop: on y apprend que des gens s’informent sur les réseaux sociaux. Et que c’est mal. Nos experts zurichois dénoncent des gens «plutôt jeunes, peu formés et réagissant aux nouvelles inquiétantes». Des naïfs, en somme, qui «peuvent être manipulés par les fausses informations et les idées populistes». CQFD. Les populistes cartonnent, parce que les gens ne lisent pas les bons journaux. En résumé, si le peuple vote Trump, c’est parce qu’il est bête. Car il est mal informé. Si le peuple lisait bien, il voterait mieux. Il passe trop de temps sur Instagram. Et pas assez sur le «New York Times». Quelqu’un devait le lui dire. C’est chose faite.

Soignant le détail, nos experts zurichois ont qualifié ces naïfs d’«indigents médiatiques». C’est élégant, et subtil. L’élite universitaire explique aux indigents que, quand on les prive de l’élite médiatique, ils votent pour des imbéciles. Elle reproduit ainsi le schéma élitiste que les populistes dénoncent. Un autogoal parfait.

Milliardaire, mais anarchiste

En outre, en opposant réseaux sociaux et qualité de l’information, elle révèle une profonde méconnaissance du monde numérique. L’élite zurichoise, victime d’indigence numérique. C’est un comble. Et c’est visiblement un défaut régional: un parlementaire schwytzois combattait récemment l’économie collaborative, en la traitant d’anarchiste et anticapitaliste. Milliardaire, certes. Mais anarchiste.

Le peuple partage ainsi un point commun avec l’élite: l’indigence. C’est un premier pas vers la conquête. En attendant les mocassins à glands.

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