Par un beau matin d’avril, Claudine, 61 ans, a subi ce que des médecins appellent des symptômes d’une crise cardiaque chez la femme: un sentiment d’indigestion et de fatigue extrême. Un peu plus tard, elle présente des nausées, vomissements ainsi que des étourdissements.

Par contre, Claudine n’a jamais eu de douleur sévère au niveau de la poitrine, signe classique d’une crise cardiaque chez les hommes. Aux urgences de l’hôpital, les médecins la renvoient chez elle avec un diagnostic de maladie gastro-intestinale ou d’une simple attaque de «panique». En réalité, elle a souffert d’une attaque cardiaque, et plusieurs mois plus tard, un cardiologue découvre que trois artères majeures ont été bloquées. Le cardiologue lui explique qu’elle a souffert d’une crise cardiaque non diagnostiquée.

La recherche a montré que les femmes présentent souvent des symptômes physiques différents un mois ou plus avant d’avoir une crise cardiaque. Les symptômes les plus couramment rapportés sont une fatigue exceptionnelle, des troubles de sommeil, un manque de souffle, une crise de foie et de l’anxiété. Etonnamment, moins de 30% de femmes signalent une douleur de poitrine ou un malaise avant leur crise cardiaque, et 43% n’ont eu de douleur de poitrine à aucun moment de leur attaque. Certains médecins continuent cependant à considérer la douleur de poitrine comme le symptôme le plus important d’une crise cardiaque pour les femmes et les hommes.

Il est de plus en plus évident que ces symptômes chez les femmes ne sont pas aussi prévisibles que chez les hommes. La reconnaissance de symptômes qui fournissent une première indication d’une crise cardiaque est pourtant critique pour anticiper ou empêcher la maladie. Une étude alarmante faite en France a souligné les différences sérieuses dans le traitement cardiaque des hommes et des femmes. Ces différences désastreuses ont contribué à un plus haut taux de mortalité parmi les femmes qui souffrent d’une crise cardiaque. Le groupe français, mené par Dr François Schiele à Besançon, a montré que la probabilité de mourir chez les femmes était presque deux fois plus élevée que chez les hommes durant le mois suivant leur crise cardiaque, soit à l’hôpital, soit chez elles.

Les chercheurs ont trouvé des différences claires dans le traitement de cette maladie malgré les caractéristiques cliniques extrêmement similaires. Chez les hommes, il y a 72% de probabilités supplémentaires de recevoir des médicaments anticoagulants que chez les femmes; 57% plus de chances d’avoir une angiographie, processus qui consiste à injecter une teinture dans les artères du cœur qui permet aux médecins d’identifier des obstructions par rayons X. Les hommes ont 24% de chances en plus d’avoir une angioplastie pour désobstruer des artères bouchées. De plus, le taux de mortalité chez les hommes est en général 48% plus bas durant leur séjour à l’hôpital.

En conclusion, la maladie cardiaque est la cause principale de mortalité chez les femmes. Pendant une vie de femme, une maladie cardiaque tue cinq fois plus de femmes que le cancer du sein. La prévention est le meilleur traitement contre la maladie cardio-vasculaire: un régime bien équilibré, beaucoup d’exercice physique et, bien sûr, ne pas être obèse et ne pas fumer. Le plus important que vous puissiez faire pour diminuer les dégâts d’une crise cardiaque est d’obtenir rapidement un traitement, au premier signe de détresse. Surtout, il ne faut pas attendre de demander un avis médical. Nous espérons que les différences de sexe dans la gestion des maladies cardiaques diminueront au XXIe siècle.

* Un grand merci au Dr Nicole Aebischer (cardiologue, CHUV, Lausanne) pour ses suggestions.

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