«Des wagons entiers réduits en miettes, de la tôle froissée, du verre brisé, du sang partout», rapporte le Corriere della Sera, cité par Courrier international: «C’est une scène hallucinante», pour reprendre les termes d’un secouriste arrivé sur les lieux de l’accident ferroviaire, entre Corato et Andria, où vingt-sept personnes au moins – le bilan ne cesse de s’alourdir, d’heure en heure – ont trouvé la mort et plusieurs dizaines ont été blessées dans la collision frontale, mardi, entre deux trains dans les Pouilles. Il s’agit de l’un des pires accidents ferroviaires qui ait frappé l’Italie ces dernières années. Les trains se sont percutés, les wagons de tête ont été pulvérisés. En cette période estivale, les deux convois, composés chacun de quatre voitures, étaient semble-t-il très remplis.

Lire aussi: Une collision de trains dans les Pouilles a fait au moins 27 morts

Dans la canicule, «tout au long de la nuit, […] 200 pompiers et secouristes, accompagnés de chiens renifleurs, ont œuvré sans relâche. Portés par l’espoir de trouver encore des survivants, sous les montagnes de ferraille et morceaux de tôle ondulée, éparpillés dans les champs bordés d’oliviers», rapporte la correspondante à Rome de Radio France internationale (RFI).

Dans cette région située au nord de Bari, on ne connaît pas encore les causes exactes de l’accident, et le ministre italien des Infrastructures et des Transports, Graziano Delrio, a annoncé la formation d’une commission d’enquête. Le «Corriere» déplore aussi fermement, dans un autre article, que ce tronçon ne fût «doté que d’une seule voie». «Une malédiction» pour les Pouilles, estime le journal, qui observe que ce sujet «avait été maintes fois évoqué par des gouvernements successifs et pourtant jamais réglé». Ce mercredi matin, «l’hypothèse privilégiée» du chef de la police municipale de Corato est «une erreur d’aiguillage», indique France Info:

Selon Massimo Mazzilli, syndic de Corato, cité par L’Huffington Post italophone, il s’agirait bien d’«une erreur humaine». Un ordre de quitter la gare de Corato aurait été «donné trop rapidement». Sur ce tronçon, «il n’y a pas de système technologique ou de contrôle qui permette de bloquer le train automatiquement», explique le vice-président de l’association environnementale Legambiente. «Cette tragédie, ajoute-t-il, doit nous faire réfléchir à propos de ces trains trop vieux et trop lents, même si cette ligne est une des seules, au sud du pays, sur laquelle des investissements ont été faits.» Résultat: cet accident est «un désastre, comme si un avion s’était écrasé», commente Massimo Mazzilli sur sa page Facebook:

Pourtant, «la catastrophe aurait pu être évitée», à en croire le témoignage recueilli par RTS Info. Outre l’émotion palpable du syndic, La Première radiophonique relate que ce «problème technique» ou cette «erreur humaine» n’aurait pas eu lieu «si la ligne avait été, depuis longtemps, modernisée». Sur cette dernière, «les passages de convois sont gérés par téléphone»! «Ferrotramviaria, la compagnie privée qui gère cette ligne, a […] indiqué qu’un des deux trains n’aurait pas dû se trouver là. Alors est-il parti en retard? N’a-t-il pas respecté un feu?» Mystère, pour l’heure, selon RFI.

«Le doublement de la ligne était […] programmé depuis plusieurs années, l’Union européenne avait même apporté son financement pour cette opération, poursuit le correspondant à Rome de RTS Info. Mais en raison de la lenteur bureaucratique, les travaux n’ont jamais démarré. Ce qui a poussé mardi le président de la République, Sergio Mattarella, à parler de «tragédie inadmissible». De son côté, Matteo Renzi a fait part de sa colère: le premier ministre italien exige que toute la lumière soit faite et les responsabilités établies.» Reste qu'«il y a quelque chose qui ne fonctionne pas» sur le réseau ferroviaire italien, vétuste et mal adapté aux besoins contemporains, lit-on dans une chronique pénétrante d’Il Fatto quotidiano. Et que la fracture Nord-Sud est énorme concernant ce sujet, dit le commentaire de La Stampa.

Roberto Zucchetti, professeur au centre de recherche sur l’économie des transports à l’Université Bocconi, à Milan, se montre d’ailleurs très critique, dans L’Espresso, notamment vis-à-vis de la procédure de «blocage par téléphone». Il «ne peut s’expliquer comment il est possible qu’elle ne fonctionne pas sur une ligne de faible trafic où, tous les jours, des trains doivent attendre, à un point de croisement, que la ligne soit libre. Une erreur peut avoir été commise par un chef de gare ou un conducteur qui a mal compris un message.» Ce que pense aussi La Repubblica, qui décortique tout le système technique local. Et de dénoncer également les investissements mineurs, en Italie, sur les lignes secondaires: «L’accident ne dépend pas seulement de la voie unique. On a ici un déficit d’infrastructure, où tout reste trop lié aux décisions humaines.»