Editorial

Industrie à réinventer

Les grands Etats, encore eux, viennent à nouveau mettre leur nez dans les petites affaires helvétiques. Ils sont aux abois, leurs finances publiques sont au plus mal. Aux Etats-Unis, en Angleterre, en France, les opinions publiques ne comprennent plus qu’on leur serre la ceinture alors que de juteuses multinationales parviennent, elles, à se glisser entre les mailles des filets fiscaux. Google, Starbucks, Amazon: les exemples se suivent et se ressemblent. Le G20 et son bras armé, l’OCDE, sont donc à la manœuvre. Objectif: en finir avec la planification fiscale agressive, obliger les géants à payer leurs impôts là où ils gagnent de l’argent. Et le chantier va très vite.

Avec ses régimes attractifs et ses autorités fiscales accommodantes, la Suisse sent déjà venir le vent du boulet. Elle clignote sur la carte mondiale de l’optimisation fiscale. Une pratique légitime quand elle est économiquement fondée, injustifiable quand elle est artificielle. Pour les fiscalistes chevronnés qui peuplent les meilleurs cabinets de conseil du pays – architectes des montages les plus sophistiqués – la redéfinition des règles du jeu est tout sauf un détail. En Suisse, le conseil fiscal est une industrie. Et son fonds de commerce est sur des sables mouvants.

L’affaire pourrait être un drame; elle ne l’est pas. Aux quatre coins du pays, les artistes de la taxation ont compris qu’une bonne partie de leurs astuces, bien que solidement ancrées dans le droit et la pratique, n’ont plus aucun avenir. Actuellement en cours, la troisième réforme de l’imposition des entreprises condamne déjà certains de leurs instruments privilégiés: les statuts fiscaux cantonaux. Ils ne s’en plaignent pas. Reconnaissant, sans opposer de résistance, que nombre des facilités qu’ils offrent à leurs clients depuis des décennies sont, en fait, de pures hérésies économiques. Les plus malins d’entre eux attendent le changement de paradigme avec sérénité. Mieux: ils y voient une opportunité de se réinventer sur des bases plus saines. Leur anxiolytique? La certitude qu’après le temps des acrobaties viendra celui de la baisse des taux. Garantie d’une attractivité durable pour la place helvétique et promesse de lendemains sonnants et trébuchants.