Le tabou finit par tomber. La Grèce peut faire faillite. Voire sortir de la zone euro. Depuis quelques jours, les déclarations ne viennent plus seulement des économistes, mais à présent des capitales européennes.

C’est une bonne nouvelle car la zone euro finit par reconnaître la gravité de la situation grecque. Les deux plans de sauvetage accouchés au forceps en mai 2010 et en juillet dernier ont fixé des exigences intenables pour Athènes. Au point de faire dégénérer le surendettement de l’une des plus petites économies de la zone euro en une crise de la monnaie unique.

Admettre cette réalité ne constitue cependant une bonne nouvelle que si les Européens lui trouvent un remède durable. La création d’une union budgétaire, à côté de la monnaie unique, constitue la réponse la plus efficace économiquement. Sauf miracle, cette solution, qui implique un transfert de souveraineté des capitales à Bruxelles, paraît cependant politiquement impossible. En particulier depuis que la justice allemande, la semaine passée, a pratiquement interdit à Berlin tout nouveau soutien financier aux Grecs.

A partir de là, le défaut de la Grèce paraît inéluctable. Cette faillite, probablement partielle, ne constitue pas encore le scénario catastrophe. L’Histoire fournit plusieurs exemples de restructuration de dette qui ont permis à des pays, comme le Mexique ou l’Argentine, de se relancer.

Les risques ne manquent pourtant pas car, depuis 18 mois, les dirigeants européens ont brillé par leur manque de pragmatisme et leur incapacité à mettre rapidement en œuvre les plans retenus. Dans ces conditions, un défaut maîtrisé ne semble pas garanti.

Mal ordonnée, déclenchée dans un contexte boursier brûlant, cette faillite pourrait être perçue comme un abandon de la Grèce. Qui pourrait à son tour renoncer à l’euro.

On imagine alors le jeu de dominos dans lequel l’économie européenne et son système politique pourraient être entraînés. Un scénario noir qui ne manquerait pas non plus de toucher la Suisse, et le monde.

Inimaginable il y a encore deux ans, cette hypothèse mérite désormais d’être sérieusement considérée.