Meraki est un terme d’origine grecque, qui signifie faire quelque chose avec amour, passion et dévotion. Ines de Bavier et Margaux de Lisle l’ont choisi pour baptiser leur projet de réseau de femmes entrepreneuses né en septembre 2018 à Genève. La première est issue du monde de l’immobilier, la seconde de la communication. Toutes deux ont fait le pari de réunir de jeunes créatrices, restauratrices ou encore avocates pour créer une communauté locale. «Meraki Community n’est ni un incubateur ni un club du style Rotary. Notre modèle, c’est plutôt The Wing aux Etats-Unis ou AllBright au Royaume-Uni», lance le duo, sourire aux lèvres.

Avant le business, il y a l’amitié entre ces deux Genevoises, inséparables depuis plus de dix ans. La passion commune pour l’équitation d’abord, puis les voyages à travers le monde. Entre elles, pas de compétition, mais plutôt une émulation vertueuse façon women’s empowerment. Au sein de Meraki, Ines, 28 ans, incarne l’esprit financier tandis que Margaux, d’un an sa cadette, apporte une touche de créativité.

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Les 300 sandales

C’est lors d’un périple en Grèce, durant l’été 2017, que tout commence. Sur l’île de Spetses, les deux copines ont un coup de cœur pour Kiriaki et Dimitris, un couple qui tient une petite boutique de sandales colorées. «On s’est mis à discuter, ils nous ont raconté leur histoire», détaille Margaux, assise dans son salon qui sert de bureau improvisé. «Le père de Kiriaki, artisan, lui avait appris à travailler le cuir, elle avait ensuite transmis ce savoir-faire à son mari», ajoute Ines. Passion, proximité, artisanat: le couple possède tous les atouts d’un business éthique réussi aux yeux des jeunes femmes, qui craquent sur plus d’une paire.

De retour à Genève, sandales aux pieds, Ines et Margaux font sensation. «Lorsqu’on nous demandait leur provenance, on était fières de raconter leur histoire», se souvient Margaux. En décembre 2017 leur vient l’idée, un peu folle, d’acheter 300 sandales pour les vendre à Genève. Sans le savoir, les deux jeunes femmes s’embarquent dans une aventure entrepreneuriale complète, de la négociation au contrôle de qualité en passant par la vente directe. Soucieuses de rencontrer l’acheteur final, elles s’inscrivent à tous les pop-up de la ville avec un impératif: tout écouler avant l’été. «Environ 180 paires sont parties très vite, puis le rythme a ralenti, raconte Ines. Genève est une petite ville, une fois qu’on a touché son cercle direct, c’est difficile d’aller au-delà.»

Elargir le cercle

Au fil des ventes, elles rencontrent les mêmes exposantes, tissent des liens d’amitié et réalisent combien de femmes sont seules à porter leur projet à bout de bras. C’est le déclic. «On s’est rendu compte que pour fonctionner, le réseau devait être plus uni, souligne Ines. On a donc décidé de créer une plateforme pour mettre en relation des entrepreneuses genevoises.» Au départ, le duo convainc amies et connaissances avec la promesse de leur offrir une visibilité, l’accès à un réseau élargi et surtout un précieux gain de temps. «Si chaque entrepreneuse peut faire profiter les autres de ses conseils et de son expérience, tout le monde y gagne.»

Actuellement, une quarantaine de membres ont rejoint la communauté. Un tour sur le site internet permet de cerner les profils, entre tendance healthy, design racé, bien-être ou encore création artistique. On retrouve notamment les patronnes de lieux branchés tels qu’Elua Poke, Marcel ou Granola, mais aussi des conseillères en communication ou encore des acupunctrices. Pour intégrer le réseau, la personne doit avoir un projet implanté à Genève et être francophone. «Notre but n’est pas de croître à l’infini mais plutôt de préserver l’aspect local. A terme, il y aura peut-être d’autres Meraki Community en Suisse.»

Pourquoi ne pas ouvrir le cercle aux hommes? «Au cours de notre expérience, on a eu la chance d’être épaulées presque exclusivement par des femmes, raconte Margaux. On s’est dit que ce serait plus simple de rester entre nous pour commencer, mais il n’est pas impossible que cela évolue.» Si la démarche se veut féministe, elle n’exclut pas totalement l’autre sexe. «Certains de nos partenaires sont des hommes et nos événements publics sont bien entendu ouverts à tous.»

Solidarité féminine

Dans le groupe WhatsApp de Meraki, les conversations s’enchaînent. Lorsqu’elles se lancent, les jeunes entrepreneuses sont souvent seules pour affronter de multiples obstacles: méandres administratifs, gestion des employés et des prestataires ou encore problèmes de TVA. Ce soir-là, l’une des membres recherche des modèles de contrats, l’autre un bon fleuriste pour un événement.

«Un jour, une des filles qui tient un café a appelé au secours: un de ses fournisseurs l’avait lâchée, elle était désespérée, raconte Margaux, téléphone à la main. En cinq minutes, plusieurs membres ont proposé de la dépanner avec leur propre stock. J’étais bluffée.» N’y a-t-il pas parfois un brin de concurrence? «Pas plus que si Meraki n’existait pas, estime Ines. En revanche, on évite d’accepter deux personnes avec exactement le même modèle.»

Au-delà du lien virtuel, le duo organise des événements réguliers pour promouvoir et inspirer la communauté: afterworks, magasins éphémères, conférences, tables rondes… «Dernièrement, nous avons collaboré avec les entrepreneurs David El Eini et Laurent Haug ou encore Karine Fragnière, qui a gagné l’Iron Man de Zurich en 2018», précise Margaux. Pour chaque événement, elles collaborent avec différents sponsors et partenaires, souvent locaux.

Aujourd’hui, Ines et Margaux consacrent un «temps incalculable» à gérer la communauté Meraki, à côté de leurs jobs respectifs. Au rôle de grande sœur ou de mentor, elles préfèrent celui de chef d’orchestre. «La plupart des membres se sont rencontrées grâce à nous mais, sans elles, rien ne se passe.»


Profil

1991 Naissance d’Ines de Bavier à Genève.

1992 Naissance de Margaux de Lisle à Genève.

2007 Rencontre des deux amies.

2017 Voyage en Grèce.

2018 Naissance de Meraki.