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Les inextricables négociations du Brexit

Au printemps prochain, les négociateurs britanniques et européens vont s’asseoir autour de la table. Les Britanniques voudront le beurre (sortir) et l’argent du beurre (rester). Les 27 pays restant de l’Union ont des intérêts divergents. La Commission européenne aura besoin d’un mandat de négociation, qui sera difficile à mettre au point…

Cela va faire six mois que les électeurs britanniques ont voté pour le Brexit. Sommes-nous plus éclairés sur ce qui va se passer? Pas vraiment. Le gouvernement britannique commence à découvrir la difficulté de l’exercice. A de rares exceptions près, les 27 pays de l’Union européenne attendent de voir ce que demanderont les Britanniques.

Une obsession nationale

En Grande-Bretagne, le Brexit est en train de devenir une obsession nationale. Elle émerge rapidement dans les discussions autour des habituelles pintes de bière, elle divise, elle angoisse. Ceux qui ont voté pour ont peur de se faire voler leur victoire par ceux qui ont voté contre et qui cherchent des moyens de l’éviter, ou du moins de l’atténuer. C’est hard contre soft Brexit. Du côté des 27, on fait mine de considérer que le choix est entre rester dans l’Union ou un hard Brexit. Comme si c’était aussi simple!

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Au-delà des postures qui précèdent les négociations, il n’est dans l’intérêt d’aucune partie de briser net les liens existants. L’Europe absorbe environ la moitié des exportations britanniques. Les nouvelles chaînes de fabrication font qu’un produit exporté par la France a de fortes chances d’intégrer des produits fabriqués ailleurs, y compris en Grande-Bretagne, qui eux-mêmes intègrent des produits fabriqués sur le continent. En Europe, et de plus en plus dans le monde, les produits ne sont plus nationaux. Il est possible de casser ce nouveau mode de production, bien sûr, mais ce n’est dans l’intérêt de personne. Les menaces de hard Brexit sonnent creux.

Le beurre (sortir) et l’argent du beurre (rester)

Au mois de mars prochain, en principe, le gouvernement britannique va demander la mise en route de la procédure de sortie de l’Union, qui doit être réalisée dans un délai de deux ans. Les 27 affirment que ce n’est qu’après cette sortie que commenceront les négociations sur les liens futurs entre l’Union et la Grande-Bretagne. Autrement dit, on coupe tous les fils et, ensuite, on décide d’en recoudre certains. Ça n’a aucun sens. Couper les fils signifie chambouler de fond en comble toutes les relations bilatérales Europe-Grande-Bretagne. Les recoudre ensuite sera un nouveau chamboulement.

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Le coût économique d’un tel aller-retour est considérable. La logique serait d’inverser les négociations pour ne couper que certains fils. Ce n’est pas ce que prévoient les traités, qui ont été imaginés pour rendre toute sortie de l’Union quasiment impossible. Maintenant que ce coup de bluff, qui n’a pas découragé les électeurs britanniques, a raté, il serait raisonnable de revenir à une approche plus logique. On en est très loin.

Au printemps prochain, les négociateurs vont donc s’asseoir autour de la table. D’un côté, les Britanniques qui voudront le beurre (sortir) et l’argent du beurre (rester). De l’autre, les 27 pays restants, qui ont des intérêts divergents. Ils seront formellement représentés par la Commission européenne, mais celle-ci aura besoin d’un mandat de négociation, qui sera difficile à mettre au point sinon au niveau de généralités. Dès que l’on rentrera dans les questions pratiques, les 27 devront se mettre d’accord sur des milliers de détails. Bonne chance!

Les Britanniques changeront-ils d’avis?

Comme il y a des élections en France (mai 2017) et en Allemagne (automne 2017), il est probable que tous les sujets qui fâchent seront mis de côté. La vraie négociation ne commencera qu’alors. Imaginer qu’elle puisse être bouclée en un an et demi est un doux rêve, sauf à couper brutalement tous les fils, mais les négociateurs auront alors compris à quel point c’est contre-productif.

Déjà on parle d’un accord transitoire, qui ferait une grande place au statu quo, une sorte de super-soft Brexit en attendant les vraies négociations qui prendront des années. Les pro-Brexit sont vent debout contre une telle solution. On sera alors en mars 2019, et le mandat de Theresa May s’achève en mai 2020, si elle ne précipite pas les élections plus tôt. D’une manière ou d’une autre, les électeurs britanniques voteront alors sur la question primordiale, le Brexit. Certains se prennent à rêver qu’ils changeront d’avis.

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