Imaginez un monde où les prix n’augmentent jamais. Où la croissance est régulière. Des emplois se créent, et le chômage stagne à des niveaux incompressibles. Ajoutez à cela des crédits immobiliers bon marché qui devraient le rester longtemps, et vous obtenez non pas un monde parfait, mais bel et bien la décennie qui vient de s’écouler.

Pour les consommateurs lambda que nous sommes tous, les années post-crise financière se sont révélées confortables. Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, et même si nos salaires n’ont pas vraiment progressé, nous avons bénéficié de l’absence d’inflation.

Mais cette anomalie économique et monétaire pourrait toucher à sa fin. Partout, des frémissements semblent vouloir l’annoncer: la reprise post-covid, dopée par les nouveaux milliards injectés par les banques centrales et les gouvernements, va faire ressurgir cette bonne vieille inflation.

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Bonne vieille, oui. Car cela faisait presque dix ans que celle-ci se faisait attendre. Pas par les consommateurs, on l’a dit, mais par les investisseurs et les marchés financiers. Eux accueillent avec satisfaction la perspective d’un retour à un environnement de taux normal. Les épargnants retrouveraient un semblant de rendement. Les banques pourraient mieux faire jouer leurs marges d’intérêt entre ce qu’elles prêtent et ce qu’elles empruntent. Les caisses de pension pourraient de nouveau compter sur un tiers cotisant qui n’est pas porté à bout de bras par des performances boursières dont on ne sait pas si elles sont justifiées.

Territoire inconnu

Percevoir qui seront les gagnants et qui seront les perdants d’un retour de l’inflation paraît donc relativement simple. Sauf que, pour l’instant, le débat est encore ouvert sur deux points. Sur la probabilité que ce retour ait bien lieu à moyen terme. Mais aussi et surtout, sur la forme et la vitesse de ce retour. Ce qui est inquiétant, c’est que les experts sont soit sceptiques et n’y croient pas, soit ils sont sereins et considèrent grosso modo qu’il suffira de «dés-assouplir» les politiques monétaires des banques centrales et de remonter les taux de référence pour digérer l’inflation.

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Mais ça, ce sont les mécanismes d’avant. La dernière fois que les banques centrales ont dû modérer la hausse des prix, elles étaient en territoire connu. Ce n’est aujourd’hui plus le cas. Si le retour de l’inflation vient à provoquer une remontée des taux trop rapides, elle pourrait mettre en difficulté ceux qui se sont endettés pour une maison (les ménages), un investissement productif (les entreprises) ou pour une relance de leur économie (les pays). Que ce soit cette année, la prochaine ou dans cinq ans, il ne faudra surtout pas sous-estimer l’épreuve de la normalisation de l’économie.