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Pour les aliments que la Suisse ne produit pas, le but est de garantir au consommateur qu’il ne mange pas une nourriture bourrée d’hormones, de pesticides ou autres substances chimiques toxiques.
© Keystone / PETER SCHNEIDER

Les pieds dans le plat

Initiative pour des aliments équitables: ne laissons pas passer cette occasion

OPINION. L’initiative pour des aliments équitables peut être mise en œuvre sans conséquences sociales dommageables, écrit notre chroniqueur David Hiler

«Tout le monde ne peut pas s’offrir du bio», a déclaré Alain Berset dans le cadre de la campagne contre les initiatives alimentaires. C’est vrai, mais cela n’a rien à voir avec les initiatives en question. Ni l’une ni l’autre ne proposent de réduire l’offre alimentaire à des produits estampillés bio.

Cet amalgame mensonger s’inscrit dans la campagne menée par les opposants entièrement fondée sur la crainte d’une augmentation du prix de la nourriture. Cette campagne porte ses fruits: selon le dernier sondage publié par la RTS, les initiatives qui recueillaient 75% d’opinion favorable avant le lancement de la campagne ont passé sous la barre des 50%. Seule l’initiative pour des aliments équitables garde une petite chance de l’emporter.

Deux innovations majeures

Cette dernière, au-delà de l’énonciation des grands principes – une production écologique, locale, plus respectueuse des animaux avec des conditions de travail équitables – qui constituent aujourd’hui déjà le socle de la politique agricole suisse, introduit deux innovations majeures.

1. Elle exige une application des normes imposées à l’agriculture suisse (production dite intégrée, minimisant l’emploi de substances chimiques) aux produits importés.

2. Elle conditionne les importations au respect de conditions de travail équitables (dans leur contexte local évidemment).

Les produits transformés compris

En clair, la Confédération pourrait interdire l’importation de denrées qui ne respectent pas les critères fixés ou leur imposer de lourdes taxes douanières. S’appliquant à des aliments produits en Suisse et à l’étranger, cette politique mettrait les paysans suisses à l’abri d’une concurrence manifestement déloyale, puisqu’ils sont soumis à une à réglementation plus exigeante. Pour les aliments que la Suisse ne produit pas, le but est de garantir au consommateur qu’il ne mange pas une nourriture bourrée d’hormones, de pesticides ou autres substances chimiques toxiques.

La grande distribution suisse a une longue expérience des labels. Dans certains cas, elle s’est même fixé librement des objectifs contraignants à moyen terme: par exemple, renoncer complètement aux produits de la pêche qui ne bénéficient pas du label MSC (respectivement ASC pour la pisciculture). Si l’initiative était acceptée, faute de certification existante dans certains cas, les importateurs devraient élaborer un cahier des charges pour leurs fournisseurs et réaliser des audits pour vérifier le respect des normes imposées. La tâche de la Confédération se limiterait à un «contrôle du contrôle».

Le grand mérite de l’initiative est d’englober les produits transformés (des nuggets à la lasagne, en passant par les pâtes à tartiner). C’est par le biais de ces préparations qu’on nous fait avaler du bœuf aux hormones ou des œufs de poules élevées en batterie, le tout masqué par une large palette de colorants et d’arômes. Dans ce dernier cas, une mise en œuvre plus lente et plus progressive est prévue.

Lente agonie de l’agriculture

La formulation de l’initiative permet de moduler de manière très souple son application pour éviter des absurdités ou un coût trop élevé pour le consommateur. L’impact sur le porte-monnaie sera de toute façon très faible. La part de l’alimentation hors boissons alcoolisées dans le budget des ménages se monte à 6,3% (2017). En termes de santé publique, le problème des Suisses n’est pas la sous-alimentation mais bien l’obésité. C’est en mangeant trop, trop gras et trop salé que nous nous mettons en danger et c’est hélas particulièrement vrai pour les plus défavorisés.

Certainement, l’initiative nous coûtera quelques francs à tous par mois. Sur l’autre plateau de la balance, il faut mettre la lente agonie de l’agriculture suisse. Depuis 1990, malgré les milliards injectés par la Confédération, près de la moitié (44%) des exploitations agricoles de ce pays a disparu. Il faut prendre en compte aussi les gigantesques quantités de CO2 produites par le transport sur des milliers, voire des dizaines de milliers, de kilomètres de produits pondéreux destinés à l’alimentation humaine ou animale.

L’agriculture intensive détruit la biodiversité, empoisonne les sols et met les paysans sur la paille. L’initiative est une occasion de donner un signal fort en faveur du changement. Ne laissons pas passer cette occasion.

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