Opinion

Initiative «Economie verte»: la Suisse n’est pas la Corée du Nord

Au menu de l’initiative dite «pour une économie verte»: obligations, centralisation, contrôles, impôts, taxes pour un objectif clair de décroissance. Bref, des objectifs dignes de la Corée du Nord!

L’intitulé de l’initiative dite «pour une économie verte» est une évidence non contestée. Sa formulation est toutefois trompeuse sur les conséquences de son adoption. Elle est particulièrement excessive. Au menu: obligations, centralisation, contrôles, impôts, taxes pour un objectif clair de décroissance.

La Corée du Nord, la Colombie, l’Indonésie

L’initiative imposerait de réduire notre empreinte écologie à un «équivalent planète» d’ici à 2050, soit une diminution de 65% de la consommation de ressources. Outre le fait que cette unité de mesure ne jouit d’aucune reconnaissance officielle, seuls des pays tels que la Corée du Nord, la Colombie ou l’Indonésie remplissent aujourd’hui cet objectif. Ce ne sont pas vraiment des modèles en matière de gestion de ressources ou de protection de l’environnement. Le texte laisse à penser que l’on vit dans un pays où l’air est irrespirable, la nourriture malsaine, le logement inadéquat et la mobilité une aberration. Non, tout cela n’est pas crédible.

Une Suisse centralisée, punitive, chère

Veut-on une Suisse centralisée, punitive, chère, avec restrictions et diktats, tout cela pour améliorer dans notre seul pays l’empreinte écologique à l’horizon 2050? Si tel n’est pas le cas, alors il faut rejeter cette initiative soumise au peuple le 25 septembre prochain. Elle créerait une rupture avec la politique actuelle, fondée sur l’amélioration de l’efficience énergétique privilégiant les mesures concertées. Contrairement à ce que les initiants semblent penser, notre pays fait office de bon élève dans les domaines du recyclage des ressources, notamment du verre, du papier ou de l’aluminium.

Respecter les équilibres!

La centralisation et l’étatisme ne sont pas des recettes suisses. La bonne entente, les solutions négociées ont toujours permis de faire progresser les causes légitimes. Le respect de l’environnement en fait partie. Le développement durable, il est parfois bon de le rappeler, est l’alliance porteuse entre la nature, l’économie et la population. Cet équilibre s’il est respecté est générateur de progrès. Certes, certains peuvent se lamenter de ce qu’ils ne sont pas assez rapides, mais l’excès n’est pas la solution à la lenteur. Il est par ailleurs curieux que ceux qui le dénoncent dans d’autres domaines, fassent table rase de leurs convictions quand ils veulent défendre ce qui leur tient à cœur.

Le développement durable repose sur une bonne gestion des enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Il doit perdurer sur le long terme pour les générations futures. Tout miser sur l’environnement comme le propose l’initiative, au détriment du social et de l’économie n’est assurément pas la voie à suivre pour trouver des aboutissements équilibrés.

Finalement, la vieille maxime «tout ce qui est exagéré est insignifiant» s’applique particulièrement bien dans ce cas. Dire non, c’est privilégier les solutions concertées et refuser la sur-réglementation. Les Suisses ne reculent pas devant l’effort si la cause est bonne, encore faut-il qu’il soit porteur et cohérent et non pas punitif et liberticide.


Catherine Labouchère, députée du Grand Conseil vaudois, co-présidente du comité contre l’économie verte, Gland

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