A première vue, il n'y aurait aucune raison de s'opposer à l'initiative du PDC «Pour l'égalité fiscale du mariage». Elle s'attaque à une inégalité reconnue par tous, dénoncée il y a plus de trente ans par le Tribunal fédéral, qui n'a toujours pas été totalement corrigée. Par un article constitutionnel, l'initiative propose d'en finir avec la pénalisation fiscale des couples mariés et de ceux qui vivent en partenariat enregistré. Par rapport à un couple de concubins, les époux paient davantage d'impôt fédéral direct (IDF) et touchent au maximum une rente et demi d'AVS au lieu de deux: une situation injustifiable qui devrait conduire à soutenir le changement.

Mais à mieux regarder le projet, des objections surgissent. En cas d'acceptation, l'impact de l'initiative sur les finances publiques serait non négligeable. Selon les estimations du Département fédéral des finances, le manque à gagner sur l'IFD se situe entre 1,2 milliards et 2,3 milliards de francs par an; les dépenses supplémentaires suite à l'augmentation des rentes AVS s'élèveraient à 2 milliards de francs par année. Ces chiffres donnent le vertige au moment où le Conseil fédéral a déjà lancé un programme de stabilisation financière. Le problème de l'inégalité des rentes AVS pourrait être traité par un autre biais, dans le programme de réforme Prévoyance vieillesse 2020, par exemple. C'est un premier motif de rejet.

Ensuite, en ajoutant une phrase définissant le mariage comme l'union «d'un homme et d'une femme», les démocrates-chrétiens ont brouillé les cartes et jeté le trouble sur leurs intentions. Celles-ci sont-elles réellement fiscales ou cachent-elles un message sur la conception du couple et de la famille? Lancée en 2011, en pleine période électorale, l'initiative est pour le moins bancale; certains démocrates-chrétiens le reconnaissent. 

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Le 28 février prochain, devant son bulletin de vote, le contribuable-citoyen sera contraint d'inscrire un unique «oui» ou un seul «non». Or la réponse aux deux enjeux, l'un fiscal, l'autre sociétal, n'est pas nécessairement la même. D'ailleurs, les opinions se sont-elles déjà forgées alors que le débat sur le mariage pour les couples de même sexe n'a pas encore démarré? Le sentiment d'être pris au piège d'un texte bicéphale et non transparent constitue bien le principal motif pour le refuser.