Etre à la retraite avant l'heure est courant. En effet, près d'un salarié sur deux n'est plus actif entre 60 et 64 ans. Il faut dire que l'économie ne fait guère d'efforts pour intégrer les travailleurs âgés ou les aider à conserver leur employabilité: le chômage des 55 ans et plus est élevé et nombreuses sont les personnes de cette classe d'âge à dépendre de l'assurance invalidité. Enfin, les dépenses des entreprises en faveur de la formation continue décroissent nettement à partir de 55 ans. Même si, en comparaison internationale, la Suisse connaît une forte participation des travailleurs âgés au monde du travail, on constate que l'âge légal de la retraite n'est qu'une limite théorique. Et aussi à quel point les propositions visant à l'augmenter sont déconnectées de la réalité.

Mais, si la retraite flexible est un fait, elle est aussi, et surtout, un privilège pour ceux qui sont déjà privilégiés. Obtenir une rente AVS anticipée est en effet possible, mais synonyme de gros sacrifice. Prendre sa retraite un an avant l'âge légal entraîne une réduction définitive de la rente de 6,8%. Et l'avancer de deux ans une réduction de 13,6%. Qui prend une retraite anticipée en ne bénéficiant que d'un 1er pilier devra donc compter avec une baisse drastique et définitive de son revenu. Et risque donc de dépendre des prestations complémentaires, qui, outre le fait d'être à la charge de la collectivité, entraînent une mise à nu complète de sa situation financière, ce qui est souvent vécu comme une humiliation. Partir à la retraite anticipée n'est donc possible qu'à condition de bénéficier d'un plan de prévoyance professionnelle adéquat, ce n'est de loin pas le cas de tous les assurés. Les préretraites concernent en effet pour un tiers les cadres et pour 51% les secteurs plutôt bien lotis des banques et des assurances.

L'initiative «pour un âge de l'AVS flexible» apporte une solution à ce problème. Elle donne à chaque salarié et indépendant gagnant moins de Fr. 120000. - annuels la possibilité de choisir le moment de son départ à la retraite dès 62 ans et de bénéficier d'une rente AVS complète. Un départ à la retraite en douceur grâce à une réduction progressive du taux d'activité est aussi possible. Ce n'est pas, comme certains le prétendent, une préretraite de luxe, car il ne s'agit que de bénéficier d'une rente AVS, c'est-à-dire un montant situé entre Fr.1105. - et Fr. 2210. - par mois (jusqu'à Fr. 3315. - pour un couple). Mais cette rente est complète. Et, en cela, elle permet une fin de carrière professionnelle digne.

L'initiative instaure en outre, et c'est un point important, le libre choix de l'âge de la retraite. Il ne s'agit pas, comme on a pu le lire ou l'entendre, d'abaisser l'âge de l'AVS de manière généralisée. Au contraire, qui est en bonne santé et a un travail dans lequel il s'épanouit, continuera de travailler jusqu'à 65 ans. Et, les enquêtes sur la satisfaction au travail des Suisses l'attestent, que c'est le cas de la majorité des salariés.

L'initiative ne met pas en péril l'équilibre financier de l'AVS, car elle requiert un financement supplémentaire d'environ 780 millions par an. Le coût ne sera donc pas supporté par le fonds AVS, comme certains le prétendent. Cette somme ne représente que 2,4% des dépenses annuelles de l'AVS et pourra être financée par une modeste augmentation des cotisations, correspondant à environ Fr.6,50 par salarié et par mois. C'est au message du Conseil fédéral lui-même que l'on doit cette estimation des coûts. Cependant, la campagne une fois lancée, le gouvernement a revu ses calculs à la hausse, en se basant sur une autre période (2014 - 2025). Il a tenu compte seulement de l'augmentation nominale des rentes, mais pas de celle des revenus. Cela lui permet donc d'annoncer un surcoût annuel «surfait» de 1,5 milliard et d'espérer que ce chiffre suffira à effrayer les votants.

En effet, les bons résultats de l'AVS (2 milliards de bénéfices en 2006, 1,5 en 2007) ont rappelé à la population qu'elle a raison de faire confiance en la solidité du 1er pilier et que les prédictions de naufrage ne se sont pas réalisées. Soucieux de gonfler à tout prix la facture d'un projet qu'il sait populaire, le Conseil fédéral n'évoque en outre pas les économies que l'initiative générera pour l'assurance invalidité, l'assurance chômage, l'aide sociale et les prestations complémentaires. Elles seront pourtant conséquentes, car bien des salariés et indépendants âgés pourront, si l'initiative est acceptée, terminer leur vie active dans la dignité, sans dépendre de ces assurances et prestations sociales.

L'initiative «pour un âge de l'AVS flexible» est une réponse simple et bon marché au problème de la retraite anticipée. Elle n'est ni un abaissement généralisé de l'âge de la retraite, ni une attaque contre la stabilité financière de l'AVS. Le Conseil fédéral avait, lors du scrutin sur la 10e révision de l'AVS, promis un modèle de retraite flexible. Mais il a échoué à convaincre le parlement, puis y a renoncé. Au peuple de tenir cette promesse!

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