Les initiants prennent la pose de la victime. Les cantons alpins s’affichent en vainqueurs satisfaits. L’image, trop évidente, prépare surtout les négociations futures sur la loi d’application de l’initiative. Elle veut donner un signal aux tribunaux qui trancheront dans le flou juridique concernant les permis de construire délivrés avant la fin de l’année. L’ordonnance de la Lex Weber adoptée ce mercredi ne signe donc pas la fin de la bataille.

Le conflit autour de la date d’entrée en vigueur de l’ordonnance illustre la démesure provoquée par un texte simpliste et peu adapté aux dimensions fédéralistes et aux subtilités de l’aménagement du territoire. Les opposants ont désormais prouvé qu’ils sont assez forts pour faire plier le Conseil fédéral. Les initiants semblent avoir perdu la partie mais ont réussi, en moins d’une année, à faire interdire les constructions de résidences secondaires dans les communes où leur part atteint 20%. Ce n’est pas le cas d’autres initiatives votées et toujours pas concrétisées dans une loi d’application.

Les régions touristiques ont certes gagné ce bras de fer, mais c’est grâce à une petite clause introduite par les initiants dans leur propre texte. Se maudissent-ils aujourd’hui de cette précision? Au regard des conflits provoqués par leur initiative, ils ont plutôt des raisons de se réjouir. «Les permis de construire des résidences secondaires qui auront été délivrés entre le 1er janvier de l’année qui suivra l’acceptation de l’art. 75a par le peuple et les cantons et la date d’entrée en vigueur de ses dispositions d’exécution seront nuls.» Une phrase guillotine destinée à empêcher que l’on ne continue de construire des années durant en cas de succès populaire.

L’envolée actuelle des demandes de permis de construire est somme toute un dégât collatéral mineur en comparaison. Tout comme le grappillage de quelques centaines de résidences supplémentaires est peu significatif au regard de l’augmentation constante du bâti depuis les années 90 en Valais.

Mais, ici, la guerre émotionnelle prime sur la raison. Depuis le début de la campagne et sans doute jusqu’à l’adoption d’un texte définitif.