L'évolution des finances fédérales prend une tournure grave. Mais le problème réside moins dans le programme d'allégement budgétaire présenté par Kaspar Villiger, qui aurait bien voulu couper davantage, que dans l'effondrement dramatique des recettes. Le plan d'assainissement a quelque chose d'impalpable, car, contrairement aux apparences, il ne s'agit pas d'un programme d'économies de 2 milliards. Il contient un mélange d'économies réelles (par exemple l'indice mixte utilisé pour l'adaptation des rentes AVS, qui sera suspendu en 2006), de corrections d'estimations et de révisions à la baisse de la croissance prévue pour certaines dépenses. Sans oublier que ces 2 milliards englobent aussi des recettes nouvelles de toute manière déjà prévues. Cette étrange composition démontre que la marge de manœuvre réelle est relativement réduite.

Il n'empêche: le fait d'annoncer que les montants inscrits dans le plan financier ne seront pas débloqués fait sourdre une colère politiquement logique dans les nombreux milieux touchés. Diable, c'est que nous sommes en année électorale! La mission de Kaspar Villiger, qui rêve de discipliner le parlement, sera par conséquent difficile, et nul ne peut prédire ce qui subsistera de ce programme financier dans quelques mois.

L'heure est pourtant grave, car le recul des encaissements recèle quelques indices inquiétants. Les signes de fatigue manifestés par l'impôt anticipé, le droit de timbre et l'impôt fédéral perçu auprès des personnes morales, les pertes fiscales découlant des restructurations d'entreprises laissent craindre une crise structurelle majeure. Il n'est pas impossible que l'un ou l'autre de ces prélèvements ne s'essouffle durablement. Si cela se vérifiait, il serait sans doute nécessaire de faire des correctifs du côté des recettes, car, sinon, on courrait le risque de déséquilibrer sérieusement la capacité d'action de l'Etat.

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