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Insubmersible «Titanic»

Il y a vingt ans sortait un film phénomène qui reste le deuxième plus gros succès de l’histoire du cinéma

Cette semaine, on fêtait les 20 ans de la sortie de Titanic, de James Cameron, débarqué sur les écrans européens le 7 janvier 1998, quelques semaines après sa sortie américaine. Une superproduction qui reste à ce jour le deuxième plus gros succès de l’histoire du cinéma derrière Avatar, du même Cameron. Or, à l’époque, pas grand monde n’avait parié sur ce film «dont on connaît déjà la fin», pour reprendre une expression alors beaucoup entendue.

Au moment de sa sortie, Titanic était, avec son budget de 200 millions de dollars, le film le plus cher jamais produit. Depuis, une trentaine d’autres blockbusters ont été plus coûteux encore. Qui avait envie de voir une relecture de Roméo et Juliette – c’est ainsi que Cameron avait vendu son projet à la Fox et à la Paramount – sur un paquebot en perdition? D’aucuns voyaient déjà le film embrasser le destin de son décor unique et faire naufrage. La suite est légende, pourrait-on dire.

La critique du «Nouveau Quotidien»: «Titanic», un film aux ambitions démesurées pour dire la vanité humaine

Instantanément, le film devint un phénomène sociétal mondial. Impossible d’échapper à Titanic, d’autant plus que pour une fois un long-métrage aux velléités commerciales mettait d’accord grand public et critiques. Dans le Journal de Genève comme dans Le Nouveau Quotidien, les deux titres qui donneront naissance deux mois plus tard au Temps, aussi bien Norbert Creutz que Thierry Jobin ne cachèrent pas leur enthousiasme. Alors que le premier voyait en Cameron «l’un des rares cinéastes actuels capables d’imposer une vision personnelle au sein de la machine hollywoodienne», le second parlait d’«un film sans mesure, un projet fou qui dit l’intime en racontant un drame collectif, qui ressuscite le passé en l’accrochant au présent».

Au moment de la sortie de Titanic, j’étais encore étudiant – en cinéma, d’ailleurs. Je suis allé voir le film le jour de sa sortie. Celle qui deviendra ma femme se souvient encore de mes sanglots (à peu près) contenus. Après trois heures de spectacle total, j’avais déposé les armes, ne luttant pas contre mon émotion au moment de voir ce qui était une belle histoire d’amour s’achever brutalement dans les eaux froides de l’Atlantique. J’ai revu le film quelques jours plus tard et cette seconde vision m’avait convaincu qu’il s’agissait là d’une immense réussite.

La critique du «Journal de Genève»: Un «Titanic» beau comme l’Apocalypse

Titanic est un blockbuster d’auteur et c’est en cela, à l’heure des productions monstres dénuées de toute dimension artistique, qu’il fascine encore. Quiconque connaît le cinéma de Cameron peut y retrouver certaines de ses grandes obsessions. Aucun autre film parmi les plus gros succès de l’histoire ne peut survivre comme lui à une analyse auteuriste. Star Wars: Les Derniers Jedi, pour prendre un exemple actuel, a beau s’inscrire dans un univers étendu d’une grande richesse, il n’en demeure pas moins une coquille vide de peu d’intérêt.


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