Editorial

Interdire la burqa? Un débat piégé

Prendre position sur le voile intégral sert à chacun à marquer son territoire. Notre éditorial


Il faut interdire le voile intégral en Suisse car il s’oppose à nos valeurs, déclare Mario Fehr. Cette posture ne vient pas du Comité d’Egerkingen, à droite de la droite, qui se prépare à lancer une initiative contre le niqab et la burqa, mais d’un ministre socialiste cantonal, responsable de la Sécurité. En faisant irruption dans ce débat, le Zurichois Mario Fehr a le mérite de sortir la classe politique de sa torpeur estivale.

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Ses propos mettent au jour les divisions dans son propre camp. Une partie de la gauche, au nom du vivre- ensemble et du féminisme, s’oppose au voile intégral. En face, les tenants d’une posture libertaire redoutent de voir la classe politique contaminée par les invectives des ultra-conservateurs. La droite ne parle pas non plus d’une seule voix. Pour les plus libéraux des UDC, interdire le voile intégral est une hérésie. Mario Fehr montre surtout que le débat sur le niqab et la burqa est un piège dans lequel tout le monde est susceptible de se prendre les pieds.

Cette polémique estivale n’est qu’un préambule au débat à venir: la récolte de signatures pour une initiative contre la dissimulation du visage est en cours, avec de bonnes chances de succès. La discussion dépasse les clivages habituels et force chacun à se poser cette question: puis-je exiger de la part de tout individu de voir son visage?

Perçu comme un symbole d’asservissement féminin ou de fondamentalisme religieux, le voile intégral dérange. Le fait de dissimuler son visage met à mal la politesse. Faut-il pour autant créer une loi pour une infime poignée d’individus afin de bannir ce qui déplaît à la majorité? Au nom de quel argument un Etat libéral peut-il entraver la liberté des femmes de se vêtir à leur guise?

Mario Fehr évoque la nécessité de «combattre le terrorisme» avant de prôner l’interdiction de la burqa et du niqab, suggérant par un glissement rhétorique que le voile intégral représente une menace pour la sécurité. On est plus habitué à entendre ces arguments de la part de l’UDC, prompte à désigner l’ennemi au travers d’une tenue religieuse. Le raisonnement est fallacieux: ce n’est pas en interdisant aux femmes musulmanes de porter un vêtement qu’un pays empêchera des criminels de se faire exploser.

En réalité, prendre position sur le voile intégral sert à chacun à marquer son territoire. A Mario Fehr, elle permet de chasser sur les terres de l’UDC. Ce n’est peut-être pas un mauvais calcul d’un point de vue électoral. Mais il prend le risque de sacrifier un principe de liberté à la realpolitik. Ce débat donne au voile intégral, quasiment inexistant dans les rues des villes suisses, une présence disproportionnée. C’est un piège, car il attise les peurs et offre à une poignée d’intégristes un étendard politique.


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