Migrations 

Des internautes font barrage contre une vague de racisme en Algérie

La présence de migrants d’origine sub-saharienne agace certains locaux qui laissent transparaître de virulentes contestations sur Twitter. En face, la riposte s'organise, menée par Amnesty International 

L’Algérie, «une terre d’accueil et d’hospitalité aux cent visages». C’est ainsi que titrait Le Monde Diplomatique en octobre 1965, décrivant un pays en plein essor juste trois ans après son indépendance. Qu’écrirait-il aujourd’hui, alors que sous le hashtag #لا_للافارقه_في_الجزاير (Non aux Africains en Algérie), les commentaires enragés protestant contre la présence de migrants subsahariens sur le territoire se multiplient?

Qu’elle est loin l’année 1962, quand l’Algérie, tout juste admise à l’ONU, s’engageait à œuvrer pour une coopération pacifique entre tous les pays dans un esprit dépouillé de toute exclusivité et de tout préjugé et sur la base du respect mutuel entre les peuples. De terre d’accueil, le pays est devenu terre de transit puis terre d’élection des migrants. Selon Médecins du Monde, ils sont aujourd’hui plus de 10 000 à avoir élu domicile dans le pays.

«Rentrez chez vous»

La semaine dernière, certains ont déversé un flot de commentaires d’une extrême violence que même le chant du Berbère n’a pu adoucir. @Love_Dido_Love dénonce une «situation devenue intolérable à cause des Africains» et d’autres, traduits par le Point Afrique, assènent: «Il faut les exterminer comme des rats, car ils vivent comme des rats.» «Rentrez chez vous.» «Chassons-les pour préserver nos enfants et nos sœurs.» «Ils violent et répandent le sida dans nos villes.»

Amnesty International réagit

Face à cette fronde raciste, la branche algérienne d’Amnesty International a rapidement réagi. Brandissant le hashtag #Jaccueille, l’ONG dénonce des commentaires «regrettables, choquants et scandaleux» d’autant plus mal venus qu’ils surviennent en marge de la journée internationale des réfugiés du 20 juin.

Relayée sur Twitter, la directrice de l’organisation, Hassina Oussedik, a ardemment demandé aux autorités algériennes «de prendre toutes les mesures nécessaires et d’appliquer la loi qui condamne les propos racistes et l’appel à la violence». A ses côtés, Said Sahli, vice président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, a ajouté: «Nous sommes africains, nous sommes pour l’accueil des réfugiés.»

Au fond, c’est vrai. Si les Algériens ne sont pas africains, que sont-ils? «Schizophrènes», suggère @MoHSouar. A propos du virulent #Non aux Africains en Algérie, @Rm_alg ajoute: «Hashtag de la honte. Celui qui l’a créé a besoin de leçons en géographie. Et il faut lui greffer un cerveau.»

Population algérienne divisée

Amnesty n’est pas la seule à avoir honte. La toile a prouvé que sous le dard des abeilles, il y a toujours du miel. Et les réponses à la haine se sont alors faites entendre. A l’image de @DZfoot qui publie une carte d’Afrique colorée sous le hashtag #AfricaUnite.

Ou @XIDALI qui écrit «#Je suis africain» en lettres majuscules alors que @Fatehddine s’affiche tout sourire, entouré d’enfants à la peau noire. «Les personnes qui tiennent ces propos ne reflètent pas l’ensemble de la société algérienne!» a aussi précisé Hassina Oussedik au Desk.

Mémoire historique

L’Algérie est-elle donc encore une terre d’accueil? Pour répondre à cette question, @krafty0623 convoque l’histoire en renfort: «Le pays qui a accueilli Nelson Mandela et Patrice Lumumba est fier d’accueillir tous les Africains frères». Accueillir. Deux fois, il l’a répété.

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