ann kato

Internet transforme l’industrie du sexe

L’achat et la vente de sexe sont devenus plus faciles et plus sûrs grâce à Internet. Les prostituées se font connaître via leur propre site Web et peuvent même se renseigner sur l’historique médical de leurs futurs clients. Grâce à Internet, les prostituées n’ont plus besoin de compter sur les intermédiaires tels que les maisons closes et les agences, les proxénètes et les tenancières de bordels. Notre chroniqueuse donne son opinion sur ce changement spectaculaire dans la société et la façon dont les gouvernements réagissent

Internet est en train de transformer l’industrie du sexe. Il y a quelques années, l’offre (les prostituées) et la demande (les clients) ne pouvaient pas communiquer aussi aisément. Les prostituées, par exemple ne savaient pas quels risques elles prenaient avec leurs clients et ceux-ci avaient peu d’information sur la nature et la qualité des services offerts.

Aujourd’hui, il existe des sites spécialisés et des applications qui permettent un accès aux informations pour les acheteurs et les vendeurs. Il est plus facile désormais de parvenir à un accord mutuellement satisfaisant.

Le commerce du sexe est de plus en plus sûr pour les femmes qui sont de par leur métier très exposées au viol, à la violence et aux infections sexuellement transmissibles. Les prostituées peuvent désormais s’informer entre elles, par exemple, des clients violents. Elles peuvent analyser l’historique et même la santé de futurs clients. Sur les forums en ligne, elles peuvent partager des conseils sur la façon de rester en sécurité et éviter d’être ciblée par la loi.

Beaucoup de femmes ont créé leur propre page web pour se faire connaître et organiser des réunions en ligne. Leurs clients peuvent laisser des commentaires sur des sites Internet qui examinent leurs services offerts et, à leur tour, renseignent de futurs clients.

En utilisant Internet, les prostituées n’ont plus besoin de compter sur des intermédiaires tels que les maisons closes, les agences ou les proxénètes. Surtout, il semble qu’Internet fasse plus pour la sécurité des prostituées que toutes les lois précédentes.

The Economist a analysé 190.000 profils de travailleurs du sexe sur un site international. L’analyse comprend les avis de clients sur les caractéristiques physiques des prostituées, les services qu’elles offrent et le prix qu’elles demandent (environ 250 CHF/h).

Les apparences comptent beaucoup. Les résultats montrent que les messieurs préfèrent vraiment les blondes qui gagnent 11% de plus que les brunes. Les hommes préfèrent les femmes qui sont minces, mais pas maigres, et qui ont des poitrines généreuses. Aussi, beaucoup de femmes ont des implants mammaires qui leur permettent d’augmenter leur taux horaire d’environ 40 CHF.

Le tarif pour une prostituée peut varier en fonction de son origine ethnique et sa nationalité. À Kuala Lumpur, les femmes noires obtiennent des tarifs très élevés alors qu’à Singapour, les femmes vietnamiennes sont mieux payées.

Une éducation supérieure semble aussi augmenter les gains dans l’industrie du sexe, comme dans tous les marchés. Les diplômées gagneraient en moyenne 31% de plus que les non-diplômées.

Certains gouvernements continuent à suivre une approche archaïque en interdisant la prostitution. L’interdiction, qu’elle soit partielle ou totale, a été incapable d’éliminer le commerce du sexe. Aujourd’hui la Suède, la Norvège et l’Islande ont décidé de criminaliser l’achat de services sexuels à la place de sa vente. En d’autres termes, ces pays envisagent d’éliminer la prostitution en éliminant sa demande. Il est pourtant établi que le commerce du sexe existera toujours. Ces nouvelles lois pourraient bien faire du tort aux prostituées, qui seraient moins enclines à chercher de l’aide médicale et des services sociaux.

Heureusement en Suisse, la prostitution est légale. L’attitude progressiste dans ce pays est une leçon pour le reste du monde. Zurich a fait un pas révolutionnaire en créant des «boîtes de sexe» comme moyen de réguler la prostitution, le proxénétisme et l’amélioration de la sécurité des travailleurs du sexe. Il faut espérer que d’autres pays suivront cette attitude progressiste. Le commerce du sexe existera toujours et Internet pourrait jouer un rôle majeur dans la création d’un environnement plus sûr pour ses travailleurs. Mais bien sûr, la société doit faire davantage pour aider ces gens.

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