Pendant cette période de confinement, vous n’avez jamais autant déambulé dans l’univers numérique. Vous avez passé du temps sur Netflix, socialisé sur Facebook, écouté le dernier son de votre artiste préféré sur Spotify, consulté les promos sur Amazon et joué sur la console à Call of Duty. Cela requiert pas mal de manipulations – sans compter que vous ne pouvez pas passer facilement d’un univers à l’autre, n’est-ce pas? Soyons fous: il faudrait une sorte de nouvel internet où tous ces réseaux sociaux, apps ou chaînes de streaming se retrouvent sous un seul toit et existent de manière persistante, que vous soyez là ou pas, et qui vous permettent de monter à bord n’importe quand.

C’est la définition de Metaverse, le futur d’internet. Cela n’existe pas encore car les défis liés à la technique comme à la propriété intellectuelle paraissent gigantesques. Mais nous en approchons. Cette idée d’un monde virtuel persistant a été décrite dans plusieurs ouvrages de science-fiction qui ont, comme souvent, tracé le chemin. En 2020, le progrès technologique semble désormais n’avoir plus qu’à l’emprunter.

Les géants du web ont massivement investi ces dernières années dans le cloud et la réalité virtuelle dans le but de conquérir les premiers pans du Metaverse. La compétition s’aiguise. Souvenez-vous, il y a quinze ans, toutes les sociétés citées dans cet article vous étaient inconnues ou presque. Aujourd’hui, Netflix, pour ne prendre que celle-là, pèse plus en bourse qu’un géant du pétrole comme Exxon, longtemps un des fleurons de Wall Street. Mais il n’est pas sûr pour autant que ces firmes soient encore là pour le prochain épisode de l’histoire du web. Bizarrement, la mieux positionnée pour jouer un rôle majeur dans la réalisation du Metaverse semble être Epic Games, l’éditeur du jeu phénomène Fortnite.

Cette semaine, un rappeur star, Travis Scott – le compagnon de l’influenceuse Kylie Jenner – a donné sur cette plateforme une série de concerts dont le premier a attiré plus de 12 millions de fans. La tournée du chanteur s’étale sur trois jours et permet une expérience immersive impressionnante. Elle démontre deux choses: l’avenir des concerts et des festivals sera en partie numérique, et le divertissement, plus que jamais, dirige le monde. C’est lui en effet qui attire le public en masse et permet ainsi de récolter les fonds suffisants pour investir dans la technologie capable de gonfler la capacité des opérateurs.

Aux concerts de Travis Scott, vous ne pouvez voir que 99 autres participants. Il faudra attendre pour que les serveurs disposent d’assez de puissance pour réunir toute l’audience. Faudra-t-il patienter longtemps? Interrogé il y a peu sur sa manière de qualifier la plateforme, Tim Sweeney, son fondateur, a montré que celle-ci a de grandes ambitions et que le Metaverse n’est peut-être pas un objectif si inaccessible: «Fortnite est un jeu. Mais reposez-moi la question dans douze mois.»

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