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Photo satellite du centre de recherche et de développement de Barzah, cible des frappes des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne sur la Syrie.
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Incidences

Intervention occidentale: quand la force sert la diplomatie

Dès lors que le Conseil de sécurité était empêché d’agir et que la Syrie, protégée par la Russie, violait ses obligations internationales, l’intervention occidentale était inévitable, estime notre chroniqueur François Nordmann

Deux conseillers fédéraux se sont exprimés ce week-end sur l’opération aérienne menée par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni pour détruire des centres de production et de gestion de l’arme chimique en Syrie.

M. Guy Parmelin, chef du Département de la défense, regrette que l’on n’ait pas attendu le rapport des inspecteurs de l’Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). M. Ignazio Cassis, chef du Département des affaires étrangères, déclare ne pas vouloir joindre sa voix au «chœur des indignés»: tout en condamnant «naturellement» l’emploi d’armes chimiques, le ministre considère que toute escalade est une erreur et que l’action occidentale a été déclenchée sur la base d’une simple présomption. La Suisse offre un cadre de rencontre diplomatique à Genève – ne sommes-nous pas une puissance mondiale sur le plan diplomatique? La réserve sied à la neutralité, elle est d’ailleurs comprise et est le gage de la confiance que l’on nous accorde, plus utile à la poursuite du dialogue et de la paix – nous ne voulons pas la guerre.

Paralysie de l’ONU

Sans doute au moment de l’interview, les deux magistrats craignaient-ils que les frappes aériennes des alliés, circonscrites et ciblées, ne risquent de provoquer des représailles. Mais le conseiller fédéral Cassis admet de plus que, s’agissant de l’ONU, il ne connaît pas l’arrière-plan ni les discussions qui ont eu lieu au Conseil de sécurité. Il aurait dû.

Car la paralysie du Conseil a été un facteur déterminant dans la décision d’intervenir militairement prise par Washington, Londres et Paris. Le Conseil a siégé à quatre reprises depuis l’attaque chimique de Douma le 7 avril dernier. Le 13 avril, les Occidentaux et une majorité du Conseil ont proposé de recréer un mécanisme d’inspection doté de pouvoirs étendus en Syrie. La Russie a opposé son veto, préférant s’en tenir aux dispositions plus générales qui régissent les inspections de l’OIAC, lesquelles permettent certes d’analyser les substances utilisées mais pas l’identité de qui les emploie.

Or un tel organe conjoint entre l’OIAC et l’ONU a fonctionné depuis l’accord de 2013 entre la Fédération de Russie et les Etats-Unis d’Amérique, entériné par le Conseil de sécurité. Cet accord, signé à Genève le 14 septembre 2013, prévoyait la destruction totale et contrôlée de l’arsenal chimique syrien. A l’époque déjà, la coalition occidentale entendait réagir militairement à l’emploi d’armes chimiques dans les faubourgs de Damas le 23 août 2013. La Syrie avait ainsi franchi les «lignes rouges» fixées par le président Obama. L’intervention devait avoir lieu le 30 août.

Elle a été stoppée in extremis: à la suite de la défection britannique, l’administration américaine a estimé nécessaire de consulter le Congrès. C’est alors que la Russie s’est fait fort de convaincre le président Assad de renoncer à l’arme chimique. Obama l’a suivie, choisissant la voie diplomatique, ce qui a été interprété – à tort – comme un aveu de faiblesse. Par la suite, les inspecteurs ont signalé qu’ils avaient des doutes sur la volonté de coopérer de la Syrie. Ils avaient découvert l’existence de substances interdites dans les installations syriennes, mais la Syrie refusait de leur fournir les documents pertinents et de répondre à leurs questions. En 2017, la Russie s’est opposée au renouvellement du mandat de ce corps d’inspecteurs. Fallait-il laisser aller les choses?

Intervention inévitable

L’intervention occidentale était inévitable dès lors que le Conseil de sécurité était empêché d’agir et que la Syrie, protégée par la Russie, violait ses obligations internationales. Les services de renseignement ont apporté les confirmations nécessaires, que la France a même publiées. Les Britanniques ont expliqué, quant à eux, le cadre légal du devoir d’humanité strictement codifié qu’ils ont appliqué, pour alléger les souffrances du peuple syrien.

L’intervention occidentale a pour but de restaurer la voie diplomatique pour la recherche d’une solution diplomatique, politique et humanitaire au conflit syrien. Parfois la force – mesurée — sert la diplomatie.

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