Pour évaluer notre potentiel créatif, les neuropsychologues disposent d’un test élaboré dans les années 1960. On donne une série de trois mots à un volontaire et on lui demande de trouver le quatrième qui synthétise le tout. Par exemple: coûteux, bruyant, inutile? Vous dites: «Gripen» et vous marquez un point. Jennifer Wiley de Chicago a ainsi évalué l’effet de l’alcool sur notre créativité (Consciousness and Cognition, 2012). L’expérience est simple à réaliser, même chez vous. Après séparation des invités en deux groupes, on passe à table. L’un des groupes ne boit que de l’eau plate alors que l’autre est alcoolisé. Les invités répondent ensuite aux mêmes séries de questions.

Eh bien, l’étude révèle que les sujets alcoolisés sont plus créatifs que les buveurs d’eau. Les auteurs expliquent cela par une amélioration du contrôle de l’attention, une capacité accrue par l’alcool à se concentrer sur un problème précis. Certains rabat-joie austères seront sans doute scandalisés par ces résultats mais soyons clairs, le fait scientifique ne s’accommode d’aucune morale. Et puis attention, Madame Wiley précise que la dose doit être faible; on ne peut pas créer et vomir à la fois.

Ces mêmes ligues de vertus seront toutefois réconfortées par les travaux de Madeline Meier, aux Etats-Unis, dont Le Temps s’est fait l’écho (PNAS, août 2012). Cette longue étude sérieuse démontre que les adolescents accros à la fumette se transforment progressivement en légumes, perdant des capacités intellectuelles précieuses qu’ils ne retrouveront jamais, même après des années de sevrage. Notre cerveau est plastique certes, mais il a ses limites. Ne reste plus qu’à comprendre ce qui les pousse à s’auto-infliger cette sentence à perpétuité, plutôt que de lire la Bible ou de jouer au jass. On le saura sans doute avec la prochaine étude, dans trente ans.

Peu d’alcool, pas d’herbe, l’été fut rude. Reste le sexe, mais une étude publiée dans le magazine Nature (août 2012) suggère à ces mêmes adolescents de faire rapidement des enfants, plutôt que de gaspiller leurs spermatozoïdes dans des pratiques sans lendemain. En effet, le spermatozoïde vieillit aussi mal que le secret bancaire. Il accumule les mutations avec l’âge du propriétaire et le patrimoine génétique de l’humanité pourrait donc bien se gâter, à long terme, si l’on continue d’enfanter à un âge mûr.

Fort heureusement, il nous reste les plaisirs de la table. A ce propos, une étude française nous révèle qu’il y a moins de clients obèses chez Fauchon que chez Mammouth. Pourtant, il n’y a rien de plus gras que le caviar. Il suffirait donc que Fauchon ouvre des hypermarchés en banlieue pour régler les problèmes de surpoids.

Parfois, des solutions créatives sont à portée de main, sans ­pétard ni pousse-café.

* Directeur du Pôle de recherche national Frontiers in Genetics

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