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Une vidéo de la chaîne «Parlons peu, mais parlons!» a été démonétisée par YouTube.
© Capture d'écran YouTube

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Invisibles, des femmes dénoncent l’algorithme sexiste de YouTube

Des créatrices françaises critiquent la démonétisation de certaines de leurs vidéos portant sur le corps des femmes. Pudibonderie, sexisme, annonceurs rois: la plateforme américaine est sous le feu des critiques. Revue de tweets, accompagnés du mot clé #MonCorpsSurYouTube

Elles s’estiment invisibles, alors elles prennent la parole. De nombreuses créatrices et vidéastes reprochent à la plateforme YouTube de démonétiser les contenus qui s’intéressent au féminisme ou à la sexualité féminine. La mesure est radicale: aucune publicité ne s’affiche au lancement de leurs vidéos. «Les poils, les règles, le droit à disposer de son corps ne sont pas des sujets [uniquement pour] adultes. Ce sont des sujets de société. Ce sont des sujets d’utilité publique», affirme sur sa page Facebook l’association Les Internettes, qui soutient la création féminine sur YouTube.

Le collectif a récemment lancé la campagne #MonCorpsSurYouTube pour dénoncer les choix arbitraires du géant américain. Sur Twitter, les témoignages s’accumulent. «Alors là, c’est le pompon: je découvre que notre vidéo sur l’endométriose est démonétisée! Vidéo faite pour sensibiliser sur cette maladie peu connue», s’agace la comédienne Maud Bettina-Marie, de la chaîne «Parlons peu, mais parlons!». Pédagogique et amusante, la vidéo comptabilise plus d’un million de vues. De nombreux internautes expriment leur solidarité avec la créatrice. «C’est un scandale! Elle est super cette vidéo… Eduquer les femmes à comprendre leur corps est donc considéré comme inapproprié…», note @ChloeMaisondieu.

Plus dur que «Où est Charlie?»

Une présentation des méthodes de contraception, une vidéo sur la culture du viol, une autre où l’internaute aperçoit un peu trop de peau, les exemples ne manquent pas. «Allez à moi. La petite icône jaune, c’est tout ce qui est démonétisé: IVG, violences sexuelles, justice et même le portrait de militantes russes. Chez moi, YouTube ne censure pas seulement le corps des femmes, mais tout ce qui concerne leurs droits», tranche Marine Périn, qui accompagne son tweet de captures d’écran en guise de preuves.

Mais comment expliquer une telle situation? L’algorithme de YouTube serait-il pudibond et sexiste? Pour les créatrices, cela ne fait aucun doute. D’ailleurs, il est rare de voir des contenus produits par des femmes dans les recommandations du site. «Plus dur que Où est Charlie?: trouver une fille sur la page tendance de YouTube», ironise sur Twitter la star française Cyprien.

«Changement de mentalité» 

Des vidéastes masculins s’associent à la campagne des Internettes. C’est le cas du créateur de Nota Bene, qui s’étonne des décisions prises par l’entreprise. A sa plus grande surprise, sa récente vidéo sur le sexe au Moyen Age a été monétisée. «Pourquoi cet algorithme à deux vitesses?» demande-t-il sur Twitter. La réponse se trouve du côté des annonceurs. YouTube ne veut pas les froisser, et pour une raison évidente: ils sont à la base du modèle économique de la plateforme. «Il existe des vidéos qui respectent le règlement de la communauté YouTube, mais qui ne conviennent pas nécessairement à l’ensemble des annonceurs», reconnaît un porte-parole français dans un article du Monde.

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Les membres des Internettes espèrent un «changement de mentalité». La question dépasse les sujets abordés par les créatrices. Depuis des années, les femmes peinent à se faire une place sur YouTube. Une poignée d’entre elles est connue du grand public, quand de nombreux hommes cumulent les vues. Cet écart est pointé du doigt par le journaliste Vincent Manilève dans son livre YouTube derrière les écrans: «Reflet de la société, YouTube et une partie de son public n’aident pas les femmes à oser se lancer. En 2017, l’on ne comptait malheureusement que treize créatrices parmi les cent chaînes les plus suivies en France et en 2015, le festival de Néocast n’a convié que quatre femmes… pour 51 hommes.»

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