Le premier voyage à l’étranger de Donald Trump devait être celui de la réconciliation. Celui du rapprochement des trois grandes religions monothéistes, mais aussi, peut-être, celui d’une sorte de pacification entre le président américain et un reste du monde effrayé par ses prises de position déroutantes et son ton martial. Jusqu’ici, pourtant, ce voyage aura été surtout celui d’une obsession. A Riyad comme à Tel-Aviv ou Jérusalem, l’Américain n’a pas perdu une occasion de désigner son principal ennemi: c’est l’Iran, qu’il n’a cessé de défier en le désignant comme le support universel du terrorisme.

Lire aussi: Donald Trump se pose en faiseur de paix entre Israël et le monde arabe sunnite

Aucune rengaine ne pouvait sonner plus agréablement aux oreilles des interlocuteurs du président. Voilà longtemps que l’Arabie saoudite et Israël voient en l’Iran «l’archi-rival» absolu. Or, ces derniers temps, ils hurlaient dans le désert. A chacun son obsession: en Syrie ou en Irak, les agissements des combattants iraniens et des milices pro-iraniennes avaient été largement mis sous le boisseau par la précédente administration américaine, obnubilée par un rapprochement avec Téhéran et un possible accommodement avec la Russie. Ce temps est révolu, tonne désormais le commandant en chef de l’armée américaine.

Cette manière d’épouser la vision du monde israélo-saoudienne n’est pas pour autant une simple lubie présidentielle. A Mossoul et à Raqqa, l’organisation État islamique sera bientôt défaite, au moins dans sa forme actuelle d’un «califat» contrôlant un large territoire. Sur le champ de bataille, il est temps de faire un bilan intermédiaire. Qui se rendra maître des ruines fumantes? A l’heure de commencer à se répartir les gains, l’Iran passe d’allié contre les djihadistes à fomenteur du «chaos». Ainsi, pour la première fois la semaine dernière, des milices pro-iraniennes ont été directement visées par des avions américains en Syrie. La guerre connaît un tournant décisif, dont le voyage de Donald Trump ne représente en réalité que la vitrine.

La principale ironie de ce revirement stratégique américain? Ce sont les Iraniens qui l’ont offerte en votant massivement, vendredi, pour le candidat modéré Hassan Rohani. Donald Trump claque violemment la porte au nez de ces 23 millions d’électeurs qui ont crié leur aspiration à voir leur pays se normaliser. C’est une évidence: il donne ainsi des ailes à tous les secteurs du pouvoir iranien qui, parce qu’ils tirent un intérêt direct dans la poursuite de la guerre, ne seront pas impressionnés par les harangues bellicistes de l’Amérique. Donald Trump reviendra chez lui les poches pleines de contrats d’armement signés avec ses alliés. C’est sans doute bon pour le business, mais l’utilité pour la paix reste à démontrer.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.