Incidences

Iran: les pourparlers reprennent à Almaty

Aujourd’hui a lieu, dans la ville d’Almaty, au Kazakhstan, un nouveau round dans la diplomatie itinérante et intermittente des P5+1 et de l’Iran. Les enjeux décryptés par François Nordmann

C’est dans le site majestueux d’Almaty, l’ancienne capitale du Kazakhstan, que se réunissent aujourd’hui les directeurs politiques des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, accompagnés de l’Allemagne et de la haute représentante de l’Union européenne, avec de hauts responsables iraniens.

Après les rencontres de Genève, c’est Istanbul et Bagdad qui ont servi de décor à la diplomatie itinérante et intermittente des P5+1 et de l’Iran au printemps 2012, suivis de contacts techniques, notamment à Moscou pendant l’été 2012.

On se rappellera que les séances précédentes ont eu lieu en 2008 et 2010 à Genève, où les Occidentaux et les Iraniens se sont déjà discrètement réunis à trois reprises auparavant.

Le choix du Kazakhstan est intéressant à plus d’un titre. C’est un pays riverain de la mer Caspienne, donc géographiquement proche de l’Iran, également producteur de pétrole et de gaz, mais aussi d’uranium, qui s’est retrouvé, à l’indépendance, doté d’un stock impressionnant d’armes nucléaires que l’URSS lui a laissées à sa chute. Il disposait à Semipalatinsk de l’une des plus grandes bases nucléaires du monde, qu’il s’est empressé de fermer.

Il a pris l’initiative avec ses voisins de proclamer l’Asie centrale zone libre de tout armement nucléaire. Il est signataire du Traité de non-prolifération et de tous les traités interdisant le recours à la technologie nucléaire militaire.

A la tribune de l’ONU, le vice-ministre des Affaires étrangères, Kairat Umarov, a récemment déclaré que la possession d’armes de destruction massive ne garantissait ni la sécurité, ni l’indépendance d’un pays. Au contraire, la prolifération de telles armes constitue une menace pour l’humanité. La sécurité du Kazakh­stan, a-t-il ajouté, s’est renforcée le jour où il a renoncé à l’armement nucléaire.

On pourrait croire que ces circonstances allaient placer les pourparlers avec l’Iran sous les auspices les plus favorables, mais personne ne leur accorde en fait de grandes chances de succès. Le guide suprême iranien, l’ayatollah Khamenei, a rejeté la proposition des Etats-Unis, qui souhaitaient que se tienne, en marge de la réunion des délégations, une rencontre bilatérale américano-irakienne. Il n’en voit pas l’utilité, au moment où Washington annonce un renforcement des sanctions contre l’Iran.

En même temps, l’Iran adopte un comportement contradictoire. D’une part, il transforme une partie de l’uranium qu’il a enrichi en un produit métallique qu’il est plus difficile d’utiliser à des fins militaires qu’à l’état gazeux. D’autre part, il refuse de collaborer pleinement avec les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique et annonce avoir augmenté le nombre et la vitesse de ses centrifugeuses. Donc l’Iran est en mesure de produire plus rapidement et en plus grande quantité de l’uranium enrichi. Mais pour quoi faire? Pour alimenter quels réacteurs? En dépit des dénégations officielles appuyées sur une fatwa bannissant l’usage d’armes de destruction massive, l’utilisation de ce matériau à des fins exclusivement civiles est de moins en moins crédible.

Pourtant, il est maintenant grand temps d’en arriver à une solution diplomatique, comme l’a déclaré le président Obama dans son discours sur l’état de l’Union au début de ce mois. Les dirigeants iraniens font face une coalition qui exige qu’ils remplissent leurs obligations. Les Etats-Unis feront ce qui est nécessaire pour les empêcher d’acquérir l’arme nucléaire.

De manière plus surprenante, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est fait encore plus pressant le 14 février dernier, dans une interview au Washington Post. Il devient urgent d’accélérer les pourparlers diplomatiques, dit-il. Nous ne devons pas donner davantage de temps aux Iraniens, ni perdre notre temps. Nous avons vu ce qui s’est passé avec la Corée du Nord: sous le couvert d’un processus diplomatique qui s’est prolongé pendant une dizaine d’années, ce pays a tranquillement et secrètement progressé jusqu’au point où il a pu fabriquer une bombe. Ban Ki-moon a fait savoir au président et au guide suprême de l’Iran qu’il ne se satisfaisait pas de leurs assurances selon lesquelles leur programme nucléaire était uniquement destiné à des fins pacifiques.

Les P5+1 ont fait savoir qu’ils déposeraient ce jour une offre substantiellement améliorée, dont ils espèrent une relance des négociations sur le fond. Cependant, la partie iranienne est-elle en mesure de faire des concessions, à quelques mois de l’élection et de l’installation d’un nouveau président et dans un contexte régional si mouvant, où s’inscrit la crise syrienne qui perdure?

Les éléments d’un compromis existent pourtant, selon lequel l’Iran renoncerait à l’arme atomique et obtiendrait en échange un droit limité et contrôlé à enrichir de l’uranium pour ses besoins civils strictement définis, ainsi que la levée progressive des sanctions internationales. Mais les discussions ne sauraient se poursuivre indéfiniment: pour nombre d’experts, la rencontre en cours sera un succès si elle permet au moins de fixer une nouvelle séance de négociation à brève échéance. L’esprit d’Almaty s’y prêtera-t-il?

Le choix du Kazakhstan est intéressant à plus d’un titre. C’est un pays proche de l’Iran, qui a hérité d’un vaste stock d’armes nucléaires, dont il s’est débarrassé

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