La vie à 30 ans

Isabelle Moret n’est pas un homme comme les autres

L’argument «femme» à propos de la prétendante vaudoise au ticket PLR pour le Conseil fédéral est spécieux, selon notre chroniqueuse

Il y a une contradiction qui me gêne: sortir l’argument femme, avec interdiction de s’en servir. C’est ce que je ressens avec Isabelle Moret. J’adorerais pouvoir observer ce débat pour la succession au Conseil fédéral avec un regard égalitaire, simple, évident. Mais je vis ce moment du début du XXIe siècle où, sous prétexte d’égalité justement, l’atout femme est celui auquel la candidate elle-même ne veut pas croire. Comme si c’était dévalorisant.

«Voilà qui je suis, et rien d’autre»

Oui, bien sûr, elle est femme, semble-t-elle ânonner mollement avec son parti. Oui, bien sûr, les deux autres n’en sont pas. Mais à force de répéter que ce sont les compétences qui priment, et non le sexe, on a réussi à faire entrer cet argument spécieux dans le cerveau de femmes comme Isabelle Moret. Brevet d’avocate, des années comme cadre du parti et au parlement: voilà qui je suis, et rien d’autre.

Dans la course au Conseil fédéral, le PLR vaudois joue sa carte femme. Plus que ses compétences, indéniables, c’est son genre qui pousse son parti à défendre Isabelle Moret. Et depuis qu’elle y figure, sur cette liste de candidats, il est quasiment interdit d’en faire mention, au point de susciter des non-dits pires encore.

Il faudrait «sauter sur ce thème»

Des collègues masculins, au lendemain du premier débat entre les trois prétendants, n’osaient pas écrire qu’elle avait été nulle. Ils avaient peur de passer pour des machos. Et lorsque dans une interview, on lui demande comment elle compte se débrouiller «en tant que mère divorcée avec deux enfants à charge», on nous répond que jamais on n’aurait posé cette question à un homme. Elle devrait au contraire sauter sur ce thème, Isabelle Moret. Sérieusement, vous trouvez normal, vous, de confier l’avenir du pays à tant de ministres qui n’ont pas d’enfants, Simonetta Sommaruga, Guy Parmelin, Doris Leuthard, et peut-être Ignazio Cassis?

Et puis elle n’en a pas marre, Isabelle Moret, de ce surnom de «Fée Clochette» que murmurent encore les gros lourds du parlement? D’abord, parce qu’il ne viendrait à l'esprit de personne, n’est-ce pas, de penser à des personnages de Disney pour ses colistiers. Genre Simplet pour les grandes oreilles de Maudet, ou Oncle Picsou pour la manière dont Cassis a toujours soutenu les caisses maladie. Isabelle Moret n’est pas un homme comme les autres: à elle de ne pas l’oublier si elle entend convaincre.


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