Editorial

Islam à Genève: un aveuglement coupable

La grande mosquée de Genève ressemble de plus en plus à un trou noir, où la densité des suspicions tranche avec le discours affiché d’ouverture, de rassemblement et de sensibilité interreligieuse

A en rire ou à en pleurer? Après les imams de la grande mosquée de Genève fichés S, voici maintenant le responsable de la sécurité, agrafé lui aussi sur des soupçons de radicalisme. Celui-là même chargé de veiller à ce que l’islamisme fondamentaliste ne s’infiltre plus subrepticement sous les tapis de prière.

Alors bien sûr, il y a la présomption d’innocence: une fiche S peut n’être que l’esquisse d’un soupçon, sans incrimination pénale. Bien sûr, tous les fichés S ne représentent pas une menace pour la sécurité intérieure ou extérieure de la Suisse; et sans menace, point de révocation possible de leur permis de travail. Bien sûr, ces fiches viennent d’une France qui vit dans la hantise des attentats terroristes; quand la Suisse n’est qu’une observatrice pleine de compassion.

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Mais tout de même. La grande mosquée ressemble de plus en plus à un trou noir, où la densité des suspicions tranche avec le discours affiché d’ouverture, de rassemblement et de sensibilité interreligieuse. Avec une petite brochette de fichés S en son sein, il devient difficile d’écarter le doute. Et la direction n’en prend pas la mesure, ignorant superbement les mises en garde des autorités cantonales comme celles de certains de ses fidèles. Sans aucune crainte des premières et au mépris des seconds. Ceux-ci disaient leur inquiétude face à l’incurie qui semble régner et au déni face au radicalisme insidieux. Mais la direction est occupée ailleurs. Notamment à éditer un observatoire de l’islamophobie, bien en vue sur son site Web. Où l’on retire le sentiment que le radicalisme ne l’émeut nullement. Sauf à considérer que le concept même lui soit étranger, ce qui n’est pas plus rassurant.

Puisque manifestement le secours ne viendra pas de l’intérieur, il faudra bien que d’autres s’attellent au problème. Que l’Etat prenne les décisions qui s’imposent devant le résultat concret du travail de ceux qui, méthodiquement, fouillent les trous noirs. Le canton l’a fait à l’aéroport, en retirant leurs badges aux employés dont les renseignements ou les casiers judiciaires parlaient contre eux. Au nom du principe de précaution, qui veut que le doute, pour une fois, profite aux passagers; que l’intérêt public à la sécurité prime l’intérêt privé à̀ travailler. On rétorquera qu’un sésame octroyé par l’Etat pour accéder au tarmac n’est pas un contrat de travail de droit privé. Mais si celui-ci est lié à un permis G, ne pourrait-on envisager de le révoquer? Parions que oui.

Les soupçons de radicalisme n’ont rien à faire dans un lieu de prière où circule, aussi, une jeunesse en mal de valeurs et de combats. Eloignons-les, pour que cette histoire d’agent de sécurité peu sécurisant fasse rire plutôt que pleurer, un jour, bientôt.

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