Revue de presse

En Israël, le belliqueux Lieberman parti, Netanyahou en position difficile

La démission fracassante du ministre de la Défense, partisan de la manière forte avec les Palestiniens, met le premier ministre en position de faiblesse. Celui-ci garde pourtant la tête haute

«Drama at the Knesset», lit-on sur le site officiel du parlement israélien: le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, a annoncé sa démission mercredi et le retrait de son parti, Israël Beiteinou («Israël notre maison», extrême droite), de la coalition au pouvoir. Cette nouvelle donne plonge le gouvernement de Benyamin Netanyahou dans la tourmente au lendemain de l’accord de cessez-le-feu avec les groupes palestiniens dans la bande de Gaza, obtenu mardi avec l’aide de l’Egypte, après la plus violente confrontation depuis 2014.


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Les mots du démissionnaire ne laissent planer aucune ambiguïté. Cet accord «ne peut être interprété autrement que comme une reddition à la terreur», explique-t-il au Jerusalem Post, notamment, dans un article repéré par Courrier international. Du coup, il appelle la coalition à décider rapidement d’une date pour des législatives anticipées, puisque Netanyahou ne dispose plus désormais d’une majorité que d’un seul siège (61 sur 120). «C’est clairement le début d’une crise politique» à Tel-Aviv, une année avant les élections officielles de novembre 2019, selon France 24:

Mais «une source haut placée» au sein du Likoud – le parti de droite du premier ministre – citée par le journal dit, elle, qu’«il n’y a aucune raison de convoquer un nouveau scrutin et que le chef du gouvernement devrait récupérer le portefeuille de la Défense». Côté palestinien, le départ de Lieberman, que la RTS présente comme le «partisan d’une main de fer», est qualifié de «victoire politique» par le Hamas, rapporte la chaîne qatarie Al-Jazira:

«Ce que nous faisons maintenant en tant qu’Etat, c’est acheter le calme à court terme, le prix à payer étant de graves dommages, à long terme cette fois, pour la sécurité nationale», précise le ministre, qui «réclame depuis longtemps une politique israélienne plus agressive à Gaza», lit-on dans le Guardian. Aussi «cette annonce était-elle attendue», selon la correspondante à Jérusalem de la BBC. Pour elle, l'«attitude belliciste en tant que ministre de la Défense» de Lieberman «a souvent créé des conflits avec les hauts gradés de l’armée», alors qu’elle est «parfaitement en phase avec la base électorale de son parti politique».

Selon une analyse d’i24news, la chaîne de télévision d’information internationale israélienne, les observateurs politiques estiment que «la plus grande erreur d’Avigdor Lieberman n’a pas été de démissionner mercredi, mais d’insister pour occuper le poste de ministre de la Défense lorsqu’il a rejoint le gouvernement […] en mai 2016. Les analystes russes en Israël, qui constituent la principale base politique de Lieberman, bien qu’elle soit de plus en plus restreinte, continuent de marteler ce constat. […] Lieberman, qui a immigré en Israël de l’ex-Union soviétique en 1978, est toujours perçu par beaucoup de monde comme un «nouvel immigrant» […]. Cela lui a parfois été favorable, mais plus récemment cette «image» a joué en sa défaveur. Et la seule façon de se détacher de cette image était de devenir ministre de la Défense, la position la plus «israélienne» du gouvernement.»

Et de poursuivre: «L’écart entre la rhétorique de Lieberman et sa performance se creuse constamment. Au fil des années, il a menacé de bombarder Téhéran et le barrage d’Assouan en Egypte, et s’est engagé à éliminer le dirigeant du Hamas, Ismail Haniyeh, dans les premières 48 heures de son mandat de ministre de la Défense. […] Il doit cependant aujourd’hui traiter avec les forces iraniennes impliquées à la frontière nord d’Israël, les négociations diplomatiques avec les Egyptiens à propos de Gaza et Haniyeh, qui est toujours vivant.»

Aux yeux du quotidien de gauche Haaretz, enfin, Lieberman incarne un «ministre d’opérette», «populiste et gratuitement menaçant». Il se plaît d’ailleurs à citer le tweet de Bezalel Smotrich, «le pousse-au-crime de la colonisation du parti extrémiste Foyer juif» qui ne vit que «pour le rêve du Grand Israël, très influent à la Knesset et principal artisan de l’adoption de la loi autorisant les spoliations», selon Libération: «Lieberman est le pire ministre de la Défense qu’Israël ait jamais eu.»

Quelle ironie!

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