éditorial

Israël, démocratie sélective

EDITORIAL. La loi fondamentale sur le caractère juif d’Israël provoque un profond émoi. Avec raison

Un Etat «juif et démocratique». Pendant 70 ans, Israël a vécu avec cette contradiction flagrante, dans un pays où près d’un citoyen sur quatre n’est pas de confession juive. Le monde s’en est accommodé, tout comme les secteurs les plus progressistes d’Israël.

Il serait toujours temps de prouver que cette formule était assez souple pour s’adapter à la réalité d’un pays moderne et ouvert. Un accord de paix signé avec les Palestiniens; une dissolution progressive des barrières qui, au sein même d’Israël, rendent encore clairement défendus aux minorités les fruits de la réussite israélienne… Cette évolution positive finirait par concilier le caractère juif de l’Etat avec les principes d’égalité et de justice contenus dans la déclaration d’indépendance d’Israël, le texte fondateur de l’Etat.

Las! La loi «fondamentale» approuvée par le parlement israélien le 19 juillet a mis un terme aux illusions. Définissant Israël comme «Etat-nation du peuple juif», coupant court aux derniers rêves et aux aspirations des Palestiniens d’Israël, des druzes et des Bédouins, elle a fait office de douche froide. «Israël est devenu un Etat démocratique pour les juifs, et un Etat juif pour les autres», dit aujourd’hui la formule qui trahit la rage des «Arabes israéliens», renvoyés violemment à leur statut d’Arabes et dépossédés du même coup d’une partie centrale de leur citoyenneté israélienne.

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Les défenseurs du gouvernement israélien actuel ont beau jeu de proclamer que tout cela se résume à un malentendu, et que les dangers annoncés s’apparentent à de pures spéculations. Mais leur argument serait plus crédible si l’adoption de cette loi n’était pas le point d’orgue d’une transformation progressive du pays, qui n’en finit plus de mettre en avant la suprématie raciale, ethnique ou religieuse, et qui s’acoquine de plus en plus clairement avec tout ce que la planète compte de régimes dits «illibéraux», fussent-ils ouvertement antisémites.

Des dizaines de milliers de citoyens israéliens – réunis autour d’une minorité druze à la loyauté irréprochable – ne s’y sont pas trompés, qui ont manifesté leur colère dans la très emblématique place Rabin de Tel-Aviv. Interdit jusqu’ici, le terme «apartheid» commence à être employé pour qualifier cette société à deux compartiments. Et pour cause: alors que, 70 ans après sa création, Israël refuse toujours de fixer ses frontières définitives, cette loi fondamentale est d’autant plus choquante que, aux yeux de ses concepteurs, elle pourrait aussi concerner les territoires palestiniens, proclamant une suprématie de la «nation juive» sur un Israël biblique qui s’étend de la Méditerranée au Jourdain et qui n’a que faire du droit international. Ni des 4,5 millions de Palestiniens qui y habitent.

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