Le rapport Goldstone devrait faire date et jouer un rôle important ces prochains mois dans la perspective d’une éventuelle reprise des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens. Son constat est implacable, irrécusable: Israël a commis des crimes de guerre et de «possibles» crimes contre l’humanité en infligeant une punition collective aux habitants de Gaza et en visant indistinctement des combattants et des civils. Et si Israël ne juge pas ses criminels, ce sera alors à la justice internationale de s’en charger.

Un nouveau rapport, qui ne fait que confirmer ce qu’ont déjà constaté plusieurs ONG, destiné à finir au fond d’un tiroir? Pas sûr. Celui-ci porte le sceau de l’ONU et bénéficie de la notoriété internationale de son auteur. Israël ne peut l’accuser de partialité, les «combattants palestiniens» étant eux aussi accusés de crimes de guerre. Les résolutions de l’ONU condamnant Israël n’ont-elles pas toutes été ignorées jusqu’ici? Sans doute. Mais si le Conseil de sécurité devait en voter une nouvelle, elle ne serait pas, cette fois-ci, le simple résultat d’un jeu de rapport de force politique, mais elle s’appuierait sur un document détaillé et neutre que nul ne peut plus ignorer.

Si les recommandations de Richard Goldstone devaient être appliquées à la lettre, ce serait un grand progrès pour la justice internationale et un pas déterminant vers une solution de paix au Proche-Orient. Avant d’y parvenir, les obstacles seront nombreux. Le plus difficile sera de faire accepter le rapport dans son intégralité à l’ensemble des Etats. Le camp islamiste voudra sans doute disculper le Hamas et ne retenir qu’une partie de ses conclusions. A l’inverse, certains pays occidentaux pourraient être tentés de venir au secours d’Israël. De ce point de vue, le rapport Goldstone place les Etats-Unis dans une position inconfortable. S’ils l’avalisent, c’est une quasi-déclaration de guerre envers leur allié israélien. S’ils s’en désolidarisent, ils seront à nouveau accusés de mener une politique de deux poids, deux mesures par les pays musulmans.

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