Il y a là des ambassadeurs letton et hongrois, un vice-ministre lituanien, des diplomates belge et croate en poste au Conseil de sécurité des Nations unies, des attachés espagnol et tchèque, un conseiller militaire roumain et une journaliste du Temps. L'American Jewish Committee (AJC) s'est donné une semaine de voyage à travers Israël pour les convaincre - les sensibiliser aux réalités complexes qui font le pays, préfèrent dirent les organisateurs.

«Tout le monde a une opinion sur ce qui se passe ici sans connaître la situation, argue Guy Billauer, en charge des affaires internationales au siège de l'AJC, à Washington. Le Proche-Orient occupe les médias en permanence, mais toujours dans le même sens: Gaza, la guerre... Nous avons le sentiment que le pays est mal compris, depuis longtemps, et nous voulons donner aux gens la possibilité de mieux le cerner, d'avoir une vision plus globale des choses.»

Les «gens» sont, pour la plupart, des conseillers en politique étrangère, des élus et des journalistes. «L'idée est évidemment de toucher des faiseurs d'opinion, ceux qui pourront ensuite transmettre une information éclairée à leurs électeurs, à leurs lecteurs, ou autres, souligne Johanne Gurfinkiel, secrétaire générale de la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (Cicad), en Suisse, organisatrice d'un circuit de ce type en 2005. Le Proche-Orient est le berceau des religions monothéistes et il y a des intérêts politiques évidents dans la région. Il est normal, dès lors, que les organisations qui y sont actives essaient de sensibiliser les opinions publiques. Des tas de voyages y ont lieu tout le temps.»

L'AJC, donc, planifie quelque 25périples chaque année, avec des Américains, évidemment, mais aussi des Asiatiques, des Latinos et des Européens. A raison d'environ 4000 dollars par personne invitée, l'investissement est conséquent. «Cela en vaut la peine, assure Yael Gamon, coordinatrice du programme à Jérusalem. Les participants en repartent immuablement changés, avec une autre opinion sur notre pays.»

Si nombre d'Israéliens, à commencer par leurs ambassadeurs, ont l'impression que le discours européen est largement propalestinien, d'autres ont le sentiment inverse. Le conseiller national Daniel Vischer (Verts/ZH), ainsi, vient d'organiser - à titre privé - un séjour dans les Territoires occupés avec des parlementaires suisses, parce que «le point de vue dominant, ici, est toujours celui de l'Etat hébreu».

Guerre de propagande? Le programme concocté par l'AJC se veut copieux et impartial. Durant une semaine, les diplomates européens ont l'occasion d'approcher des personnalités multiples, du colon radical au militaire pragmatique en passant par la militante des droits humains et l'immigrée éthiopienne (lire ci-dessous). Un Arabe israélien et un Palestinien font également partie des rencontres. L'accent, cependant, est mis sur la menace «panarabe», terroriste ou iranienne, l'enfer vécu au quotidien par les habitants de Sderot et d'Ashkelon - proches de la bande de Gaza - et l'Holocauste, justificatifs permanents et indiscutables de la politique israélienne.

Balade dans le vieux Jaffa et baignade dans la mer Morte sont encore au menu. Mais point d'attente aux check points, ni d'incursion dans les territoires palestiniens ou les camps de réfugiés. Une réalité pourtant indispensable à la compréhension du conflit. «On le faisait auparavant, relève Guy Billauer. Mais c'est devenu trop compliqué à organiser.»

Au final, les conseillers européens se disent ravis de l'expérience, presque étonnés d'avoir tant appris. «La situation politique est bien plus complexe que ce que j'imaginais, admet l'un d'eux. Jusque-là, je prônais à tout prix le dialogue avec Gaza, maintenant je ne sais plus.» «J'aurais aimé en savoir plus sur le quotidien des Palestiniens», regrette un autre. «Je suis très satisfait d'avoir vu le terrorisme de près», déclare un troisième. «Peut-on vraiment être un Etat religieux et une démocratie?» s'interroge un dernier. En aparté, diplomatie oblige.

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