Courrier international écrivait encore mardi matin que «dans un énième rebondissement», le président israélien, Reuven Rivlin, avait accordé «in extremis dans la nuit» 48 heures supplémentaires au premier ministre, Benjamin Netanyahou, et à son ex-rival centriste, Benny Gantz, «pour constituer une coalition après les élections non concluantes du mois dernier». Il remettait ainsi «un jeton dans la machine à négociations», comme le dit Le Monde. Passablement «agacé» et brandissant la «menace d’un nouveau scrutin – précisément pour l’éviter», écrit le Times of Israël.

Ultimes et pénibles efforts… Pour le second des deux, il s’agissait de former «un gouvernement national d’urgence afin de combattre la crise du coronavirus et de mettre fin à l’impasse politique dans laquelle se trouve le pays». Mais, passé minuit, son mandat a bel et bien expiré. Et le manège s’est remis en marche. Israël tourne en rond.

Ultimes efforts, oui, mais c’est l’échec. Une fois de plus. Portant, ces deux-là prétendaient avoir fait «des progrès significatifs» dans un contexte où il «faudra beaucoup de temps aux dirigeants de tous les partis», gagnants ou perdants, «pour regagner la confiance des citoyens qui les ont vus magouiller pendant que le coronavirus se propageait à travers le pays», notait alors le Jerusalem Post.

«L’union», «l’urgence», tout cela est retombé à l’eau à l’issue, cette nuit, de l’ultimatum présidentiel. La plus longue crise politique de l’histoire d’Israël se poursuit donc, après 16 mois de gouvernement de transition, trois élections législatives et des épisodes les plus improbables et parfois les plus désespérants pour certains Israéliens.

Le procès repoussé

Ces dernières semaines, les tensions entre les deux camps n’ont pas cessé de monter sur le choix notamment des futurs ministres de la Défense et de la Justice, lequel devait être aux commandes pendant le procès de Benjamin Netanyahou, poursuivi pour corruption, malversation et abus de confiance dans trois affaires. Celui-ci devait s’ouvrir à la mi-mars, mais les mesures de confinement pour tenter de juguler la crise du Covid-19 ont entraîné, comme dans de nombreux pays, la fermeture des tribunaux.

Contre la pandémie

Coronavirus oblige, l’urgence s’est donc déplacée. La pandémie «a d’abord touché les quartiers juifs ultra-orthodoxes de Jérusalem», et aujourd’hui, ce sont «les quartiers arabes qui sont infectés», explique Haaretz. «Or le gouvernement n’a pris aucune mesure sanitaire pour limiter la propagation du virus dans cette partie de la ville, ce qui met en danger la santé de tous.»

Il y a là pourtant un conflit d’interprétation. Arte relève par exemple que «l’ONU a félicité Israéliens et Palestiniens pour leur gestion commune de la catastrophe». Le niveau de violence n’aurait «jamais été aussi faible sur le terrain» et «le gouvernement israélien a même exceptionnellement autorisé les travailleurs palestiniens à rester dormir en Israël car les points de passage sont fermés. Et dans les hôpitaux, les deux peuples luttent ensemble contre la pandémie. Comme si le conflit marquait une pause»:

Il y a ainsi quelque chose de surréaliste, dans ce contexte de crise sanitaire, que les deux hommes ne parviennent pas à surmonter leurs différends ataviques, alors que le gouvernement doit se réunir ce jeudi après-midi pour mettre en place sa stratégie de déconfinement. Benny Gantz a eu beau mettre de l’eau dans son vin en déclarant solennellement ces derniers jours à son rival que «l’heure de vérité» était arrivée, il n’a réussi qu’à faire imploser sa propre coalition centriste, qui a mis les pieds au mur face à toute politique de main tendue à l’actuel premier ministre (depuis 2009!). Résultat: celui-ci a désormais une opposition affaiblie.

Les éditorialistes s’interrogent donc aujourd’hui: Netanyahou veut-il vraiment partager le pouvoir? Poser la question, c’est déjà y répondre. En attendant, le chef du gouvernement surfe sur des sondages d’opinion très favorables qui plébiscitent sa gestion de la pandémie: Israël est considéré comme le pays le plus sûr, devant l’Allemagne, selon une étude du consortium de capital-risque Deep Knowledge Ventures, basé à Hongkong. Il pourrait donc une fois de plus jouer l’attentisme afin de provoquer une quatrième élection et rester d’ici là aux commandes de l’Etat.

Le 2 mars 2020, les Israéliens se sont rendus aux urnes, pour la troisième fois en moins d’une année. En vain. A nouveau, aucune majorité claire ne s’y est dessinée entre Netanyahou, qui a obtenu 36 sièges sur les 120 du parlement, et Benny Gantz, qui en a décroché 33. A moins qu’à eux deux, ils ne fussent parvenus à unifier un paysage politique morcelé, où les plus petites formations s’empoignent sur le douloureux problème de la réforme judiciaire, qui représente assez clairement un conflit d’intérêts pour le premier ministre, selon le Times of Israël.

Les deux candidats ont tout de même publié ce jeudi matin une déclaration commune. «Ils indiquent poursuivre les négociations dans la journée», écrit Le Figaro. On le sait, celles-ci butent entre autres «sur le système de désignation des hauts magistrats de la Cour suprême» alors que Netanyahou est poursuivi et «estime être victime d’un complot des juges». De son côté…

… Benny Gantz a construit sa personnalité politique sur la défense de l’Etat de droit et le refus de la mainmise du politique sur le judiciaire

Et puis il reste évidemment toujours «la question palestinienne, qui divise les deux candidats. Si Netanyahou veut profiter de la présidence Trump pour annexer le plus de territoires possibles dans les prochains mois, Gantz est plus nuancé et réclame une concertation internationale. Le 26 mars, il a été élu président du parlement après s’être rallié, dans un retournement inattendu, au premier ministre sortant. Mais cela n’a servi à rien.

A la Knesset de jouer…

Alors, maintenant? Le président israélien redemande aux parlementaires de lui recommander «un autre élu» – mais lequel? – pour tenter de former un gouvernement et sortir Israël de cette crise politique sans précédent. Dans les faits, la 23e Knesset a le choix: soit l’union en formant le tout premier gouvernement à part entière depuis 2018 dans les trois semaines qui viennent; soit la préparation d’un quatrième vote qui serait organisé «dans l’ombre de la crise du coronavirus», dans trois mois au maximum.


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